Fin de l’hiver : 5 000 places d’hébergement pérennisées, oui mais après ?

Lors de son déplacement à Montpellier pour annoncer les 24 territoires retenus dans le cadre de la mise en œuvre accélérée du plan quinquennal Logement d’abord, le ministre de la Cohésion des territoires annonçait la pérennisation de 5 000 places d’hébergement ouvertes en renfort durant la période hivernale1.

 

Cette demande avait été portée et relayée par le Collectif des associations unies lors de la conférence de presse du 7 mars 2018. La Fédération des acteurs de la solidarité salue cette décision, annoncée in extremis à la veille de la fin de la trève hivernale et qui permet de limiter le nombre de remise à la rue.

Pour l’heure, nous n’avons cependant aucune information concernant :

  • La nature de ces places (niveau d’accompagnement, structure du bâti, etc.) ;
  • Leur ventilation régionale ;
  • Leur financement et les modalités de leur pérennisation (appels à projets/marchés publics, passage sous statut CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale dans le cadre de CPOM, négociations bilatérales, etc.) ;
  • Leurs conditions d’accès ou de maintien (inconditionnalité de l’accueil ou sélection de personnes « disposant de perspectives d’insertion », priorisation donnée aux familles, etc.).

Nous invitons ainsi l’ensemble des Fédérations régionales et adhérents à nous tenir informés des modalités de mise en œuvre de ces pérennisations de places, des conditions de sortie des dispositifs hivernaux et de l’orientation des personnes.

Cependant, ces pérennisations de places n’empêchent pas les remises à la rue de milliers de personnes, qui ont déjà débuté depuis la fermeture des places exceptionnelles ouvertes dans le cadre des plans grand froid et la fermeture de certains dispositifs hivernaux depuis le 1er avril. Elles sont la conséquence d’une gestion au thermomètre qui perdure, quand bien même les besoins se font ressentir tout au long de l’année et ne font que s’accroître.

La mobilisation des services de l’Etat et des associations a été exceptionnelle, permettant l’ouverture de 15 000 places supplémentaires au plus fort de l’hiver. Mais une partie de ces places correspondent à des dispositifs de mise à l’abri, mettant à mal le principe de continuité de prise en charge des personnes. Les remises à la rue chaque matin ont des effets néfastes sur la santé physique et psychique des personnes, encouragent le non recours aux services sociaux, notamment le 115, et freinent durablement les parcours de sortie de rue et d’insertion.

Enfin, nous ne pouvons que constater avec inquiétude l’épuisement généralisé des travailleurs sociaux face à la saturation des dispositifs d’accueil et d’accompagnement, la dégradation des conditions de travail, la mise en concurrence des publics les plus précaires et le manque de moyens humains, matériels et financiers.

Des solutions pérennes, respectueuses des droits, de la dignité des personnes et du principe d’inconditionnalité de l’accueil, doivent être engagées en favorisant l’accès direct au logement. La politique du logement d’abord suppose de préserver les moyens des centres d’hébergement, aujourd’hui impactés par des coupures budgétaires2. La diminution du parc d’hébergement doit être le résultat d’une politique du Logement d’abord qui porte ses fruits, non son point de départ3.


[1] Voir à ce sujet : le dossier de presse « Territoires de mise en œuvre accélérée du plan Logement d’abord », la carte des territoires sélectionnés et le communiqué de presse « Annonces de la pérennisation de places d’hébergement à la sortie de la trêve hivernale et mise en œuvre du plan logement d’abord ».

[2] Voir à ce sujet : « CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale : des baisses budgétaires pour toutes les structures »

[3] Voir à ce sujet : « Réussir le plan quinquennal «Logement d’abord »

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