Un chez soi d’abord : lancement de l’expérimentation à Paris

Initié en 2009 par les Ministres en charge de la santé et du logement, Un chez soi d’abord  est un programme expérimental visant à offrir de nouvelles réponses à des personnes sans abri atteintes de problèmes psychiques sévères. Articulé avec un volet recherche, l’objectif est de favoriser une démarche de rétablissement dans le logement ordinaire avec un accompagnement pluridisciplinaire intensif. L'expérimentation débute cet été à Paris. 

L'interview de Jean-Marc Antoine, coordinateur du programme dans la capitale.

 

Au total 800 personnes seront concernées par l’expérimention sur 4 sites en France (Lille, Marseille, Toulouse et Paris) pendant 3 ans. Sur chacun des sites, 200 personnes seront suivies : 100 bénéficieront du programme expérimental (accès direct au logement et accompagnement intensif pluridisciplinaire), 100 poursuivront leurs parcours dans le droit commun en bénéficiant des services classiques et seront suivies par l’équipe de recherche. La répartition entre les groupes s’effectue par tirage au sort.

L’objectif poursuivi est d’évaluer l’adaptation du modèle « Housing first » au contexte français. Ainsi le volet recherche du programme a pour mission de comparer les modes de prises en charge (classique et expérimentale) pour déterminer le plus efficient qualitativement, en termes d’amélioration de la qualité de vie et de santé, et économiquement, en mesurant les éventuelles économies réalisées par la collectivité.

Après une année  consacrée à l’élaboration des projets, le programme a débuté en 2011 sur les sites de Lille, Marseille et Toulouse. Fin juin, 246 personnes sont incluses dans le programme : 124 dans le bras expérimental bénéficiant d’un logement autonome  et d’un accompagnement intensif et pluridisciplinaire ; et 122 dans le bras « classique » bénéficiant  des offres habituelles.

L’expérimentation débute cet été à Paris. 15 logements sont à ce jour pré captés pour accueillir les premières personnes début août. Le portage de l’expérimentation est organisé à Paris par l’Etablissement Public de santé Maison blanche et par l’Association Aurore associé à d’autres organismes dans le cadre d’un Groupement momentané d’Entreprises « GME Housing first paris » (Association Charonne, ACSC, œuvre Falret, CASVP)

 

Questions à Jean-Marc ANTOINE, coordonnateur du programme parisien.

 

Qui sont les personnes ciblées par le programme ? Comment sont-elles incluses?

Un chez soi d’abord  est destiné aux personnes sans abri atteintes de troubles psychiatriques sévères, tels que la schizophrénie, les troubles bipolaires associés à des addictions ou non. Ces personnes échappent aux dispositifs classiques d’aide mis en place par l’Etat  et les associations, avec des intervenants sociaux et médicaux, souvent impuissantes. Un chez soi d’abord est une des réponses vis-à-vis de ces refus institutionnels d’accueils.Il inverse les logiques habituelles qui encore aujourd’hui priorisent les besoins des institutions sur les besoins des personnes, où les admissions sont soumises à des critères de recevabilité qui peuvent conduire à exclure toutes personnes ne rentrant pas dans les cases ou qui sont refusées parce qu’elles remplissent aussi bien les critères de recevabilité que les critères de contre indications.

Les personnes ciblées doivent également être isolées au moment de l’entrée possible dans un logement, en règle sur le territoire. Elles sont repérées via les équipes d’amont, que constituent les différentes équipes de maraudes sociales intervenant dans Paris intra muros. Elles sont ensuite orientées vers les équipes de soins pour être diagnostiquées par des psychiatres. Une fois le diagnostic posé, les personnes sont vues par un enquêteur/chercheur qui présente le programme expérimental avec ses avantages, ses inconvénients et ses contraintes. Après ces échanges, le consentement éclairé est reçu par un médecin de l’équipe dédiée, le psychiatre ou le médecin généraliste, un mini  questionnaire est rempli et l’inclusion dans le programme expérimental est décidée. C’est là qu’intervient le tirage au sort qui oriente vers la cohorte logée ou la cohorte non logée. Si c’est le bras logé qui a été retenu, l’entrée dans le logement s’opère dans les 10 jours au maximum ainsi que l’accompagnement pour une durée de 3 ans.  Dans le cas contraire, les personnes continuent d’être suivies dans le « circuit classique » de prise en charge et acceptent de participer à l’étude via des entretiens. A travers le volet recherche, il s’agit d’évaluer l’impact sur le rétablissement des personnes en comparant les 100 personnes ayant accédé à un logement aux 100 qui sont restées dans un parcours classique.

Quels sont les objectifs de l’expérimentation : pourquoi partir du logement pour enclencher une dynamique de rétablissement ?

Un chez soi d’abord renouvelle la prise en charge. Elle part de l’accès au logement, pour enclencher le rétablissement des personnes. Mais le rétablissement n’est pas la guérison. Le principe du rétablissement repose sur les diverses acquisitions permettant l’organisation d’une vie sociale, malgré la maladie. Elle est basée sur les choix de la personne, son accompagnement et une insertion dans le quartier.

Le choix du logement est réalisé par la personne, après proposition de 3 logements différents de même typologie. Elle entre seul dans son logement, mais rien n’empêche qu’elle se mette en couple au cours de l’expérimentation. De plus, la situation familiale de la personne est prise en compte, pour lui proposer un logement permettant au besoin d’accueillir ses enfants.

Les logements proposés sont essentiellement captés auprès des bailleurs sociaux, le parc privé offrant peu de solutions aux conditions de solvabilités des personnes avec des minima sociaux. Les sous locations sont faites essentiellement avec un bail glissant pour permettre le maintien à terme de la personne dans son logement à la fin du programme, et l’inscription dans son environnement. L'option bail glissant est une inscription supplémentaire du droit au logement de droit commun. Elle permet en outre aux sous locataires de bénéficier des certaines prestations versées par le FSL en ce qui concerne l'entrée dans les lieux et d'aides à l’installation dispensées par la CAFCAFCaisse d'allocations familiales.

L’entrée dans  le  logement  s’effectuera  après  une  visite  du logement et la constitution du dossier

LOCATAIRE d’un certain nombre de documents inhérents à toutes signatures locatives, dépôt de garantie, assurances multi risques habitation, carte nationale d’identité ou titre de séjour.

 

Quels sont les contours de l’accompagnement proposé ? Comment s’organise-t-il ?

L’accompagnement proposé dans le cadre d’un chez soi d’abord est pluridisciplinaire et intensif. Il est proposé par une équipe dédiée pluridisciplinaire, placée sous la responsabilité du coordonnateur. Elle est constituée de deux psychiatres (1 ETP), de quatre ou cinq travailleurs sociaux ayant des formations ou des expériences différentes (Assistant social, CESF, éducateur, …), trois ou quatre infirmières diplômée d’Etat (IDE) et de deux ou trois médiateurs santé pairs à temps partiels pour 2 ETP, ayant connu, la rue, la psychose ou les addictions. Le recrutement d’un psychologue est également en réflexion.

Cette pluridisciplinarité de l’équipe dédiée pose une transversalité nécessaire à une prise en compte globale des personnes, et remet en cause les pratiques habituelles segmentées.

Les membres de l’équipe dédiée se réunissent chaque matin pour aborder la situation des différentes personnes suivies et établir le planning des interventions à prévoir. Chaque membre intervient auprès des personnes, par des visites à domicile. Deux à trois visites par semaine sont prévues et menées par un binôme.  Un numéro de téléphone sera également mis à disposition des personnes, et des bailleurs pour permettre de joindre un des membres de l’équipe pour répondre à une difficulté 24H/24H.

L’équipe dédiée travaille avec la personne le rétablissement et l’inscription dans l’environnement et le droit commun. Elle veille au maintien dans le logement, en faisant le lien entre lieu de vie et suivi social et médical. Des fiches logements sont actuellement travaillées par l’équipe pour recenser les différents services présents sur le quartier, et permettre d’inscrire la personne auprès de ces différents acteurs selon ses besoins.

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