SDF : encore un hiver qui s’annonce difficile

Les ministres Jacques Mézard et Julien Denormandie ont réuni les fédérations et associations nationales intervenant sur l’hébergement et l’accès au logement le 26 octobre dernier, pour le lancement de la campagne d’hébergement hivernale.

 Cette réunion s’est tenue dans un contexte de fortes inquiétudes sur la situation des personnes à la rue. La Fédération des acteurs de la solidarité y a pointé l’extrême saturation du 115, en particulier dans les grandes agglomérations, où les taux de non attribution oscillent entre 70 % et 90 %, touchant davantage les familles avec enfants (50% du public du 115). Elle a également rappelé le fort taux de non recours au 115 des personnes à la rue, souvent les plus fragiles, remonté par les maraudes et équipes mobiles du fait du découragement ou de mauvaises expériences vécues dans des structures d’hébergement.

Les associations ont salué l’initiative du ministère, qui, dans une instruction aux préfets le 4 octobre, a rappelé lui aussi quelques principes essentiels : le principe d’inconditionnalité, d’accueil 24H/24, de respect de la dignité des personnes, d’évaluation sociale des situations et d’orientation vers des solutions plus stables.

Cependant, les acteurs associatifs présents à cette rencontre ont insisté sur le risque d’une détérioration de la qualité d’accueil cet hiver en raison de l’insuffisance d’identification de places mobilisables par manque d’anticipation, de l’absence de foncier disponible dans plusieurs départements tendus et des réticences de certains élus locaux à mobiliser des sites pouvant être pérennisés.

La campagne s’organise dans un contexte budgétaire extrêmement tendu pour les associations : les 200 millions d’euros annoncés en juillet n’étaient toujours pas versées aux associations en octobre et la Fédération des acteurs de la solidarité Ile-de-France indique même qu’il manque près de 230 millions d’euros dans ce territoire pour « finir » l’année. Conscients du problème et des blocages venus du Ministère des Finances, les ministres souhaitent débloquer les crédits annoncés en juillet en les rallongeant par une enveloppe complémentaire en fin d’année.

La recrudescence des expulsions locatives à la veille de la trêve, en particulier de ménages reconnus prioritaires DALODALODroit au logement opposable (théoriquement protégés par la loi), a été pointée comme un effet pervers inacceptable.

Alors que les associations s’inquiètent des propos du Président de la République enjoignant les gestionnaires d’établissement à autoriser le contrôle des ménages hébergés par les autorités publiques, les ministres ont souhaité rassurer les acteurs en rappelant leur soutien et leur vigilance sur l’inconditionnalité de l’accueil.

Après la présentation par la DGCSDGCSDirection Générale de La Cohésion Sociale du bilan de la précédente campagne hivernale (10 015 places ouvertes, 4 200 pérennisées, 2 422 places exceptionnelles), la Fédération a pointé la nécessité d’améliorer les sorties vers le logement (5 % seulement de personnes orientées vers le logement, 4% vers le logement accompagné) et demande au gouvernement de s’engager à ce qu’il n’y ait aucune sortie « sèche » (26 % des personnes hébergées ont été remises à la rue l’hiver dernier).

Enfin, le gouvernement se dit favorable à l’organisation de réunions opérationnelles avec des objectifs de relogement des personnes hébergées pendant la trêve en mobilisant tous les acteurs dans les territoires, et, indique être ouvert à la discussion au sujet du traitement des situations administratives incomplètes qui bloquent le relogement.

Nous verrons dans les semaines à venir si ces intentions se traduisent en actes concrets pour les ménages qui continuent de subir les effets de la gestion saisonnière de l’hébergement, bien loin des objectifs annoncés dans la Stratégie du logement d’abord.

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