Hébergement : zoom sur les 5 000 places hivernales pérennisées

Suite à une demande portée par le Collectif des associations unies1, le ministère de la Cohésion des territoires annonçait, au sortir de la campagne hivernale 2017-1018, la pérennisation de 5 000 places d’hébergement. Cette annonce positive permettra de limiter les fins de prise en charge.

 

Malgré la forte mobilisation des associations et des services de l'Etat cet hiver, une partie des places ouvertes en renfort hivernal fermeront d’ici la fin du mois de juin, engendrant nécessairement des remises à la rue avec pour corollaire, une augmentation des demandes d’hébergement adressées au 115. Hiver après hiver, les mêmes scénarios se répètent ; les effets de cette politique saisonnière étant toujours à déplorer : ruptures de la prise en charge des personnes hébergées, augmentation des personnes à la rue durant l’été, etc.

Une rencontre entre le ministère de la cohésion des territoires et les associations devrait avoir lieu d’ici juillet, l’occasion de faire un point sur les difficultés rencontrées durant cette campagne hivernale.

Ventilation régionale des places pérennisées
Région Répartition régionale des places pérennisées
Auvergne Rhône Alpes 700
Bourgogne Franche Comté 30
Bretagne 50
Centre Val de Loire 120
Grand Est 600
Hauts-de-France 250
Ile-de-France 1900
Normandie 80
Nouvelle Aquitaine 330
Occitanie 600
Provence Alpes Côte d’Azur 200
Pays de la Loire 140
TOTAL 5 000
 Des questions sur la qualité des places pérennisées

La circulaire budgétaire AHIAHIAccueil, d’hébergement et d’insertion 2018 fait état de la pérennisation de 5 000 places hivernales à un prix moyen à la place de 25 euros par jour pour une personne hébergée (les prix pouvant potentiellement varier de 17 euros la place jusqu’à 30 euros selon les régions). Cependant, ces prix ont été fixés sans utiliser l’Etude national des coûts (ENCENCÉtude nationale des coûts) comme référence. La récurrence de ce prix à la place de 25 euros pour héberger en urgence une personne est inquiétante car ce chiffre apparaît comme la nouvelle référence souhaitée par l'Etat, alors qu'il permet difficilement de financer l’hébergement, l’alimentation et l’accompagnement. Ce prix s’applique désormais pour les Centres provisoires d’hébergement (CPH) et les Centres d’hébergement d’urgence pour migrants (CHUM) franciliens. Il ne tient compte des spécificités territoriales et les besoins nécessaires à l’accompagnement des publics confrontés à de multiples problématiques : violences conjugales, ruptures familiales, exil, vieillissement, endettement, pathologies chroniques, souffrance psychique, addictions, prostitution, sortie de détention, etc.

La Fédération des acteurs de la solidarité reste vigilante sur la qualité des places d’hébergement, afin qu’elles permettent d’offrir, conformément à ce qu’exige la loi, des « conditions d'accueil conformes à la dignité de la personne humaine » (article L.345-2-2 du CASF).

Vigilance sur les atteintes au principe d’inconditionnalité de l’accueil et de continuité de la prise en charge

A l’heure où les conditions d’accès ou de maintien dans l’hébergement se durcissent, mettant à mal le principe d’inconditionnalité de l’accueil et son corollaire la continuité de la prise en charge, il est plus que nécessaire que l’Etat réaffirme ces principes légaux afin qu’ils soient appliqués dans l’ensemble des territoires. En effet, la mise en place de critères de priorisation (femmes enceintes de plus de 6 ou 8 mois, familles avec enfant(s) de moins de trois ou d’un ans, etc.) engendrent des remises à la rue dans certains territoires autant qu’elles évincent certains publics de la possibilité d’accéder ou de se maintenir dans un hébergement, en dépit de la loi qui prévoit que « toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. » (Article L345-2-2 du CASF).


1 Voir à ce sujet : Fin de l’hiver : 5 000 places d’hébergement pérennisées, oui mais après ?

2 Au cours de la période du 10 juin au 10 juillet 2017, le baromètre 115 de la Fédération des acteurs de la solidarité révélait une hausse de 11% des demandes d’hébergement adressées au 115 par rapport à janvier 2017 (au plus fort de la mobilisation hivernale).

3 Voir à ce sujet : Campagne budgétaire 2018 : première année de traduction budgétaire du logement d’abord, tarification des CHRS

 

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