Discours de Louis Gallois aux Assises nationales du Logement d'Abord le 28 septembre

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Tout d’abord, je souhaiterais remercier toutes les personnes présentes et plus particulièrement Monsieur Denormandie, Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Cohésion des territoires. Je salue votre engagement en faveur Logement d’Abord. Je vous remercie aussi pour l’intérêt que vous portez aux associations et aux personnes qu’elles accompagnent quotidiennement.

Ces deux journées de mobilisation à Amiens nous ont bien montré toute la force de notre réseau ! Vous avez été plus de 700 à participer aux Assises et la qualité des débats a montré que les associations sont mobilisées aux côtés de l’Etat, des collectivités locales et des bailleurs. Les associations, de part leur engagement quotidien auprès des personnes, ne veulent pas être considérées comme des prestataires de services mais ont toute la légitimité pour participer activement à la construction des politiques publiques.

Je voudrais introduire les propos qui vont suivre par le chiffre suivant : 800 personnes sont domiciliées au CCASCCASCentre communal d'action sociale de la ville d’Amiens. Ça campe le paysage !

Dans un contexte économique et social très dégradé, et ce malgré les efforts du Gouvernement en faveur de la mise à l’abri des personnes sans domicile fixe l’hiver dernier, ces Assises ont été organisées en vue de mettre un coup de projecteur sur le Logement d’Abord. Cette idée du Logement d’Abord, que les associations soutiennent depuis les années 2000, nous semble être l’une des solutions pour lutter activement contre le sans abrisme.

Les associations se reconnaissent dans cette philosophie puisqu’elle remet au centre la dignité des personnes, la capacité qu’elles ont à se reconstruire avec un accompagnement fort et sur mesure, la croyance en un logement, prémisse de toutes les choses et qui viendrait en fondement du reste : l’emploi et la santé notamment.

L’accès direct à un logement n’est pas un rêve, nous y croyons très fort et les chiffres nous le montrent : 80% des personnes en situation de grande exclusion placées dans un logement y restent de manière durable dès lors qu’un accompagnement adapté est mis en place.

Pour y parvenir, les associations ont besoin d’un soutien fort et dans la durée de la part de l’Etat. Malheureusement ces derniers temps, ce soutien n’a pas été tout à fait évident. Je fais référence ici à la baisse drastique des crédits alloués aux Centres d’hébergement d’urgence et de réinsertion sociale. Le Logement d’Abord ne doit pas être un concurrent à l’hébergement : ils ont besoin l’un de l’autre pour fonctionner. En effet, l’hébergement est essentiel et décisif pour la réussite du Logement d’Abord : qui peut mieux accompagner vers le logement que les associations et les intervenants sociaux des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale ? Elles connaissent les publics, sont sur le terrain quotidiennement et ont cette capacité à accompagner les personnes.

Hormis cela, pour réussir le Logement d’Abord, des conditions préalables doivent être réunies :
1. La participation renforcée des personnes – on ne peut plus décider et faire sans les personnes directement concernées.
2. Pas de prérequis d’insertion. Toute personne, quel que soit son parcours, a droit à un logement, sans condition.
3. Pas de sélection des publics. Les publics très désocialisés, rencontrant des problèmes psychiques ou d’addiction, les personnes sans titre de séjour (en développent les formules hébergement dans le logement type HLMHLMHabitation à loyer modéré accompagnés) ont toutes le droit d’accéder à un logement.
4. L’accompagnement personnalisé est nécessaire. A chaque personne son accompagnement, le parcours d’une personne ne doit pas être calqué sur celle d’une autre.

Le travail social est le cœur de métier des associations et de la lutte contre les exclusions mais elles voudraient être assurées d’un financement fort et dans la durée. Sans quoi, le Logement d’Abord n’existera pas.

Oui cela coûte de l’argent mais à terme, cela se traduira par des économies. L’accès au logement, c’est une perspective d’aller vers un emploi, une meilleure santé et donc un investissement social.

Nos préoccupations – la question est celle de la dynamique
  1. 1. Sur le plan lui-même

40 000 PLAI par an prévus : nous plaidons pour 60 000 en raison des besoins surtout dans les zones tendues.

Quelle pérennité de financement pour les 40 000 intermédiations locatives (sur le quinquennat) et les 10 000 places en pensions de famille par an prévues dans le Plan ? (pas de vases communicants avec l’hébergement même si c’est sur le même programme (programme 177).

  1. 2. Sur l’évolution programmée des HLMHLMHabitation à loyer modéré

La ponction financière opérée au travers des baisses de loyers liées à la baisse des APLAPLAide personnalisée au logement éloigne à moyen terme les personnes du logement très social et peut conduire les organismes à sélectionner les publics et à privilégier les logements intermédiaires – surtout si on intensifie les ventes de HLMHLMHabitation à loyer modéré (40 000 par an contre 8000 actuellement).

  1. 3. Dans le même temps – une dérive de l’hébergement vers la mise à l’abri

L’année passée, un effort quantitatif a été opéré sur le nombre de places mais cela se traduit par une baisse de la qualité de l’accompagnement – car cela se fait à budget constant…

  • On constate que la pression demeure avec des mises à l’abri sur des critères draconiens et en même temps, on supprime la prise en charge de la nourriture dans les centres d’accueil pour les personnes migrantes.

Sur la baisse des crédits des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale

  • Il y a un doute sur la légalité de la procédure : des contentieux se développent ; la Fédération les soutient et a elle-même déposé un recours auprès du Conseil d'Etat.
  • 57 millions d’euros d’économies sur quatre ans : cela met des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale en grande difficulté et se traduit de toutes façons par moins d’accompagnement à l’inverse de ce que prône le gouvernement. Cela s’est fait dans des conditions inacceptables.

Le « Logement d’abord » a besoin de la capacité d’accompagnement des associations et, en particulier, des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale.

Le plan quinquennal insiste à juste titre sur l’accompagnement mais : qui va le faire ? qui va le financer ?

*****

Pour conclure, le Logement d’abord est une grande idée, au cœur de nos valeurs. Pour se réaliser, il a besoin d’un mouvement HLMHLMHabitation à loyer modéré qui l’épaule et qui donc continue à s’engager sur le logement très social.

Il a besoin d’associations engagées dans un hébergement de qualité qui puissent lui apporter la clé : l’accompagnement. L’hébergement de qualité et logement d’abord ne sont pas contradictoires mais fortement complémentaires.

Si ces conditions sont réunies – alors il peut y avoir là un programme qui change la donne du sans abrisme et même bouscule à terme l’hébergement et l’amène à s’engager dans de nouvelles voies. Nous y sommes prêts dès lors que nous sentons une véritable mobilisation de l’Etat, de collectivités locales, et des bailleurs sociaux à la hauteur des enjeux.

Je vous remercie,

 

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