Logement d'abord : "je ne considère pas que la situation est satisfaisante" (Julien Denormandie)

AEF - Dépêche n° 592905 Par Catherine Abou El Khair
Publiée le 28/09/2018

Un an après le lancement du plan Logement d’abord, le bilan de cette politique est encore en demi-teinte : si 40 000 PLAI devraient bien être financés en 2018, la progression sur les sortants d’hébergements et l’intermédiation locative est encore décevante. C’est ce qu’a reconnu le secrétaire d’État au logement Julien Denormandie lors des Assises du logement d’abord organisées par la FAS à Amiens, jeudi 27 et vendredi 28 septembre 2018. Tenant compte des difficultés des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale liées au plan d’économies de 57 millions d’euros, il s’engage sur des budgets supplémentaires.

Le secrétaire d'État auprès du ministre de la Cohésion des territoires, Julien Denormandie, a tenté de rassurer, vendredi 28 septembre 2018, les associations d’hébergement, inquiètes quant à la capacité des pouvoirs publics de mener à bien le plan quinquennal pour le logement d’abord. Depuis Amiens, où se tenaient jeudi et vendredi les Assises du logement d’abord, elles ont une nouvelle fois mis en cause la réforme du logement conduite par l’exécutif et le manque de financement pour l’hébergement
"Comme vous, je ne considère pas que la situation est satisfaisante", a reconnu Julien Denormandie, venu notamment adresser ses "remerciements" au monde associatif et faire oeuvre de "transparence" en présentant un premier bilan encore mitigé de la progression du plan quinquennal, lancé il y a un an (lire sur AEF info).

Des résultats "en deçà des objectifs"

En réponse à la Fédération des acteurs de la solidarité, pour qui la production de logement social est un préalable essentiel au succès de cette politique, le secrétaire d'État a d’abord dissipé les doutes quant à l’atteinte de l’objectif de 40 000 PLAI par an pour 2018. "La production de logement social, c’est quelque chose qu’on observe surtout en fin d’année. Au moment où je vous parle, […] on arriverait à tenir cet objectif de 40 000 PLAI supplémentaires. On ne pourra véritablement le dire qu’à la fin de l’année. Cet objectif, on le suit comme le lait sur le feu", a-t-il déclaré.
En revanche, le secrétaire d'État insiste sur le fait que le bilan reste "encore en deçà des objectifs" sur l’accès au logement des personnes hébergées, qui est l’un des objectifs clés du plan. Au 31 août 2018 ont ainsi été décomptées 8 800 sorties de personnes hébergées vers le logement, soit 53 % de la cible des 16 600 attributions en faveur de ces publics ciblés par les pouvoirs publics.
Sur l’intermédiation locative, "c’est décevant, nous n’en sommes qu’à 2 600" sur les 40 000 places visées d’ici la fin du quinquennat. "J’entends les critiques et les remarques […] On me faisait part de la difficulté de cette fameuse circulaire sur l’intermédiation locative (lire sur AEF info). Je m’engage à voir comment améliorer la chose", a-t-il promis.
Autre sujet sur lequel les attentes sont fortes mais sur lequel "la copie n’est vraiment pas parfaite" selon Julien Denormandie, les places en pensions de famille sont encore très rares. Alors que le gouvernement vise la création de 10 000 places d’ici 5 ans, il y avait, au 31 août 2018, seulement 619 places ouvertes. Ces places correspondent en réalité aux places ouvertes issues des financements du quinquennat précédent, indique la Dihal, qui renvoie à la fin de l’année pour dresser un bilan.

Des budgets "en augmentation"

Réagissant aux critiques du monde associatif qui s’interroge sur la réalité des moyens financiers, le secrétaire d'État affirme que les deux postes budgétaires consacrés à l’hébergement d’urgence et au logement d’abord "sont en augmentation" en 2019, de 100 millions d’euros en ce qui concerne l’hébergement (lire sur AEF info). Quant à celui sur le logement d’abord, il le sera de "500 millions d’euros" sur les 5 prochaines années, a-t-il promis, sans donner de détails sur le contenu de cette enveloppe. "Toute cette politique du logement d’abord ne se fait en aucun cas au détriment des politiques d’hébergement d’urgence. […]. C’est un engagement très ferme de ma part", a-t-il par ailleurs déclaré, répondant aux reproches des associations exprimés lors des assises.
Une déclaration qui peine encore à convaincre aujourd’hui les associations d’hébergement. "Le logement d’abord apparaît comme une sorte de concurrent de l’hébergement", a répété le président de la FAS Louis Gallois lors de la clôture des Assises. "Nous avons le sentiment que c’est en train de se produire", a-t-il ajouté, soulignant notamment que les créations de places en intermédiation locative et les pensions de familles relèvent du budget de l’hébergement. S’il reconnaît qu’il y a "eu plus de places mises en oeuvre au moment de la campagne hivernale" d’hébergement d’urgence, ainsi que des pérennisations, "cela se fait à budget constant", ce qui dégrade la qualité des prestations, prévient-il aussi.

"Mesures de correction" sur les CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale

"Je ne veux pas esquiver l’enjeu des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale", a poursuivi Julien Denormandie, évoquant le plan d’économies de 57 millions d’euros d’ici à 2021 et sur lequel la FAS a indiqué qu’elle continuait la mobilisation. "Cette diminution a été vécue comme un signal. J’espère que vous voyez la sincérité de nos propos", a-t-il déclaré en provoquant des rires dans la salle. "Vous me croyez ou vous ne me croyez
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pas : je vous parle avec sincérité. Vous avez pu voir dans cette réduction une sorte de non-considération vis-à-vis des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale, ça n’est pas le cas évidemment", a-t-il poursuivi.
"On le constate, certains centres n’arrivent pas à l’absorber. Il faut qu’on trouve des mesures de correction", s’est-il engagé, indiquant travailler avec ses services pour trouver des financements aux CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale à travers le budget de 125 millions d’euros sur le quinquennat annoncé sur l’hébergement des familles dans le cadre de la stratégie de lutte contre la pauvreté. Il a par ailleurs rappelé la mise à disposition de "budgets supplémentaires" sur les maraudes mixtes dans la lignée de la stratégie pauvreté et à hauteur de 5 millions d’euros d’ici l’an prochain.

Accompagnement social : des "poches très importantes" de financements

Enfin, Julien Denormandie a évoqué la question de l’accompagnement social dans le cadre de l’accès au logement pour les publics précaires, enjeu clé selon les associations pour garantir le succès du logement d’abord, mais sur lequel elles déplorent la difficulté d’accès aux financements, notamment issus du FNAVDL et des FSL départementaux. "Je l’admets, c’est comme ça depuis très longtemps. À nous de devoir apporter une simplification des financements", leur répond le secrétaire d'État, soulignant qu’il existe des "poches très importantes" de financements "pas suffisamment utilisées et coordonnées". Et de conclure : "C’est l’un des axes de travail que je retiens de nos journées."

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