Mobilisation des CHRS : l’exemple du Cap en Normandie

Le 3 octobre dernier, les salarié.e.s et personnes accompagnées du CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale Le Cap, soutenu.e.s par leur direction, se sont mobilisé.e.s pour protester contre les baisses budgétaires à venir.

Interview de Stéphane Malherbe, directeur de la structure.

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Qu’est-ce qu’un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale ?

Les Centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale) sont des établissements sociaux qui interviennent dans le domaine de l'accueil, de l'hébergement, de l'accompagnement des personnes en situation d'exclusion.

En fonction des spécificités des établissements, les CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale sont en mesure d'accueillir des femmes, des hommes, des familles, avec ou sans enfants.

Les équipes éducatives accompagnent les personnes accueillies dans leur globalité. Si l'insertion vers le logement demeure un objectif principal, l’accompagnement proposé aux personnes passe aussi par une démarche de restauration des droits sociaux, un accompagnement vers l'emploi, vers les soins physique et/ou mentaux, un accompagnement à la parentalité, un réapprentissage des codes sociaux permettant la vie en communauté…

Cet accompagnement prend du temps, le temps de se poser, de se restructurer, de reprendre confiance en soi, d'être à nouveau en capacité de se projeter positivement… autant de préalables avant d'envisager un relogement durable.

Plus concrètement, pourriez-vous nous parler de l’activité de votre CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale ?

Le CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale Le Cap est situé dans le département de la Manche. Il accueille des personnes sur deux sites distincts, à Cherbourg et à Avranches. Le premier héberge des hommes seuls ou des familles. Le second héberge des femmes seules ou avec enfants. 80% de ces femmes sont victimes de violences conjugales, leur accueil se fait « en diffus » mais nous disposons également d’un accueil d’urgence de trois places.

J’ajoute que le CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale ne fonctionne pas seul, de nombreuses activités gravitent autour de lui, en lien avec plusieurs associations : des lits Haltes Soins Santé, des appartements de coordination thérapeutique, un accueil de jour, un service logement, une action « appui santé » pour permettre à des bénéficiaires du RSARSARevenu de solidarité active de disposer d’une aide dans leurs démarches de soin, un lieu d’écoute pour les personnes victimes de violence…

La mobilisation du 3 octobre s'est inscrite dans quel contexte ?

Le contexte général de l’hébergement en France est morose.

Lorsque nous avons appris la baisse des budgets alloués aux CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale, nous avons alerté l’ensemble des élu.e.s de proximité en choisissant de gommer la spécificité de chacune de nos structures afin de pouvoir se mobiliser conjointement avec d’autres associations de la Fédération des acteurs de la solidarité et ainsi présenter une problématique départementale et régionale.

Le dernier mouvement social du CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale Le Cap, en date du 3 octobre, a été initié par les salarié.e.s et les résidents, avec le soutien de leur hiérarchie.

Cette coupe budgétaire nous a été annoncée en cours d’année en juillet, l’arrêté préfectoral est tombé en octobre et nous avons un mois pour faire un recours pour une décision prise le 1er janvier. Tous les établissements seront de fait déficitaires… les CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale ne sont pas des structures ayant des provisions financières. L’ENCENCÉtude nationale des coûts devait être un outil de base de gestion et de comparaison des coûts qui s’est transformé en simple outil d’évaluation et de tarification, froid et mécanique.

Quelle a été la réaction des collectivités territoriales / des parlementaires locaux ?

Au niveau des services de l’Etat, c’est compliqué. Les représentants de l’Etat dans les territoires n’ont que peu de marges de manœuvres… mais ils appliquent.

Les élu.e.s locaux.les sont bien plus attentif.ve.s puisque certaines communes financent en partie les CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale. C’est un de leurs outils d’accompagnement des publics en difficultés.

Par ailleurs, nous avons écrit à trois parlementaires dont deux ont officiellement posé une question au gouvernement.

Avez-vous d’ores et déjà des idées/des chiffres sur l’impact qu’aura cette baisse des financements sur votre CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale ?

Nous nous trouvons actuellement dans une situation très compliquée par rapport à l’accueil des publics en grande difficulté. Nous savons d’ores et déjà que les budgets de notre structure seront rabotés de 7 à 15% au total. Concrètement, cela représente deux ETP : c’est énorme ! Cette baisse nous oblige à penser à des licenciements économiques si nous n’arrivons pas à redéployer ces deux postes sur une autre activité. Sur la Manche nous sommes des petites structures et nous avons un seuil incompressible de personnels à avoir. Notre coût à la place est de fait plus élevé : avec l’ENCENCÉtude nationale des coûts, on compare des choux et des carottes !

Comment allons-nous assurer la même qualité de prestation avec du personnel en moins ? Ce n’est pas conciliable…

Comment les personnes accueillies réagissent à ces coupes budgétaires ? Qu’est-ce que vous faisiez auparavant que vous n’allez plus pouvoir faire ou moins bien faire aujourd'hui ?

Le public qu’on accueille se désole de ces coupes. Au niveau du personnel et de l’encadrement, va-t-on toujours être en capacité de recevoir la diversité des publics que nous accueillons : des personnes sous traitement lorsqu’ils ont des problèmes d’addiction ? des personnes sous-main de justice ? des femmes victimes de violence à qui nous devons assurer une sécurité ? Les CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale sont un trait d’union dans les vies des personnes… si plus personne n’assure ce lien, qui le fera ?

Nous sommes inquiets parce que nous savons que notre secteur n’est pas porteur médiatiquement. Il faudrait que tout le monde comprenne qu’on ne coûte pas cher, dans le sens où nous arrivons reloger des personnes, à les accompagner vers une meilleure santé mentale et physique… tout ça a bien évidemment un coût, mais ce coût devient un investissement lorsqu’il est pensé sur le long terme.

Avez-vous pu discuter de ces coupes avec d’autres directeurs et/ou travailleurs sociaux ?

Oui, avec les petites associations qui gèrent des CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale de taille restreinte, nous avons pensé à répondre d’une même voix aux futurs appels à projets.

La Fédération des acteurs de la solidarité a déposé un recours en interassociatif contre l’arrêté du 2 mai 2018 instaurant les tarifs plafonds  et a mis à disposition du réseau un vadémécum « comment contester un arrêté de tarification ? » qui vise à permettre aux CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale de contester individuellement leur arrêtés de tarification. De votre côté, comptez-vous faire un recours ?

Bien sûr ! Nous allons déposer un recours devant le tribunal interrégional de la tarification sociale et sanitaire de Nantes. Les trois autres associations de la Manche feront de même pour contester leur propre arrêté.


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