Stratégie pauvreté et santé : des mesures intéressantes mais insuffisantes

La stratégie pauvreté a été présentée jeudi dernier par le Président de la République, à l’issue de longs mois de consultation des acteurs associatifs et personnes en situation de précarité. Vous pouvez retrouver l’ensemble des propositions présentées sur le site « Investir dans les solidarités » du gouvernement.

La Fédération salue les mesures santé annoncées mais estime les effets attendus insuffisants par rapport aux nombreux enjeux et besoins remontés par les personnes et les associations

Les annonces en santé de la stratégie pauvreté

1/ Garantir à chacun l’accès à une complémentaire santé

Afin de simplifier radicalement l’accès aux droits de santé pour les personnes les plus vulnérables, l’aide au paiement d’une complémentaire santé (ACSACSAide au paiement d'une complémentaire santé), sera intégrée à la couverture maladie universelle complémentaire (CMUCMUCouverture Maladie Universel-c) avec une participation financière inférieure à 1€ par jour.

Cette mesure, demandée depuis de nombreuses années par les associations est une excellente nouvelle pour lutter contre le non recours qui s’élève aujourd’hui à 30% pour la CMUCMUCouverture Maladie Universel-C et à 66% pour l’ACSACSAide au paiement d'une complémentaire santé selon le Fonds CMUCMUCouverture Maladie Universel-C.

Afin de lutter effectivement contre le non recours, elle se devra d’être accompagnée de différentes propositions portées par la Fédération. L’accès à cette complémentaire santé doit d’une part être automatisé (notamment pour les bénéficiaires du RSARSARevenu de solidarité active et ce, dès la première demande [et non pas uniquement pour son renouvellement comme cela est prévu par la stratégie pauvreté]) et l’information délivrée aux personnes améliorée : les guichets d’accueil permettant un accueil physique doivent subsister et ne pas être remplacé par des plateformes en ligne, les agents doivent pouvoir disposer de temps pour accueillir et accompagner les ayant droits, le numéro d’appel de la sécurité sociale (le 3646) doit être gratuit pour tous les opérateurs. Enfin, les intervenants sociaux, qui accompagnent quotidiennement les personnes dans l’ouverture et le renouvellement de leurs droits, doivent pouvoir être formés tout au long de leur carrière aux changements de réglementation.

Avoir accès à une complémentaire santé doit pouvoir concerner toutes les personnes résidant en France d’où notre proposition de fusionner l’Aide médicale d’Etat et la Protection universelle maladie et de permettre l’accès à la CMUCMUCouverture Maladie Universel-C à l’ensemble de ces personnes.

Avoir accès aux soins ne pouvant se réduire à l’obtention d’une couverture maladie, ces propositions ne seront effectives que si elles s’accompagnent de la volonté réelle de lutter contre les refus de soins en délivrant des cartes vitales à tous les résidents en France (les bénéficiaires de l’AMEAMEAide médicale de l'État en sont actuellement exclus tous les comme les demandeurs d’asile) et en créant une commission indépendante d’évaluation des refus de soins confiée au Défenseur des droits.

2/ Hébergement et accès aux soins

Les solutions d’accompagnement social seront renforcées : 1450 places supplémentaires d’ici 2022 pour les lits d’accueil médicalisé (LAM) et lits halte soin santé (LHSS) ; 1200 places supplémentaires pour les appartements de coordination thérapeutique (ACT), soit une augmentation de 25% de l’ONDAM médico-social spécifique

Il est positif de constater que l’Etat reconnaît, par cette mesure, toute la plus-value des dispositifs alliant hébergement et soins afin de lutter contre la pauvreté et éviter que la maladie ne continue à exclure. Cependant, le nombre de places créé est encore minime par rapport aux besoins exprimés et à la situation des personnes restant à l’hôpital faute de places d’hébergement, ou à la rue sans suivi santé.

Au-delà de l’augmentation quantitative du nombre de places, la Fédération souhaite poursuivre ses travaux qualitatifs avec ses adhérents et le Ministère, afin de permettre à ces dispositifs de mieux accompagner les personnes en amont et en aval de leur accueil. Cela passera notamment par l’amélioration des liens avec les acteurs de la veille sociale et des dispositifs « personnes âgées/ personnes handicapées », pour faciliter les admissions et orientations des personnes à la sortie des LHSS, LAM et ACT.

Enfin, permettre à ces personnes un accès au logement dans le cadre du logement d’abord sera un objectif central de nos prochains travaux : dans la lignée de ce que font les « ACT un chez soi d’abord » et le programme TAPAJ, reconnus et soutenus par la stratégie pauvreté, il nous faudra militer pour le financement d’équipes pluridisciplinaires, pré requis indispensable pour permettre à toutes les personnes d’avoir accès et se maintenir dans leur logement.

3/ Lutter contre les déserts médicaux

La stratégie pauvreté prévoit la création de 100 centres et maisons de santé dans les territoires prioritaires

Cette mesure facilitera l’accès aux soins de toutes et tous si, et seulement si, ces centres sont répartis sur l’ensemble du territoire (et notamment les plus ruraux) et qu’elle s’accompagne d’efforts pour permettre un accès égalitaire à la médecine de ville (ce qui passera notamment par la lutte contre les refus de soins et les dépassements d’honoraires – cf plus haut).

4/ La santé des enfants

Le gouvernement souhaite renforcerles missions des PMIPMIProtection maternelle et infantile sur l’accès à la santé et l’appui de la médecine de ville aux missions de la santé scolaire, dans le cadre du parcours de santé des enfants de 0 à 6 ans.

Cet objectif, pour lequel nous attendons des propositions concrètes, est louable car l’augmentation du nombre de personnes à la rue concerne de nombreuses familles, enfants et mères sortantes de maternité qui n’ont ni logement ni solution d’hébergement et dont l’état sanitaire s’aggrave chaque jour. Face à ces enjeux de santé publique, la Fédération propose donc de renforcer les moyens financiers des PMIPMIProtection maternelle et infantile et de développer les PMIPMIProtection maternelle et infantile mobiles, notamment pour les familles à l’hôtel et les personnes en zone rurale. Le renforcement de la médecine scolaire devra quant à elle passer par une augmentation du nombre de médecins, infirmiers et psychologues dans les établissements scolaires pour prévenir la dégradation de la situation sanitaire des enfants.

Les mesures annoncées par la stratégie pauvreté ne devront pas oublier les enfants étrangers bénéficiaires de l’AMEAMEAide médicale de l'État (dont il n’est jamais question dans les propositions), encore exclus des bilans de santé et des mesures de prévention accessibles aux personnes rattachées à l’Assurance maladie.

Une politique de santé qui doit mieux prendre en compte les plus précaires

Malgré des annonces intéressantes que la Fédération suivra de très près, en participant notamment aux travaux du comité de suivi et d’évaluation de la stratégie, des efforts restent à poursuivre pour que la prévention et l’accès aux soins des précaires soient traités à la hauteur des enjeux identifiés dans la stratégie pauvreté et dans le plan santé annoncé ce 18 septembre par le Président de la République.

Les besoins sont importants tant la maladie continue d’exclure et l’exclusion aggrave la précarité. Face à ces constats, comment se passer d’une prise en compte interministérielle des questions de solidarité qui permettrait de traiter les sujets précarité et santé de manière complémentaires ?

Chaque jour, il est question de santé dans nos structures d’hébergement : les intervenants sociaux font de la prévention, médient vers l’accès aux soins pour toutes et tous, y compris de celles et ceux n’ayant plus confiance en notre système de santé. Parce que cette question est primordiale et doit le rester, il nous faudra également poursuivre les efforts pour sanctuariser les budgets des associations et leur permettre de continuer à accompagner vers la santé, afin de répondre le plus dignement possible aux demandes exprimées par les personnes.

ImprimerE-mail

Connectez-vous à votre compte