Que pensent les médecins généralistes de la prise en charge des patients en situation de vulnérabilité sociale ?

La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES) a publié en octobre 2018 une étude sur la « Prise en charge des patients en situation de vulnérabilité sociale : opinions et pratiques des médecins généralistes ». Ces résultats nous éclairent sur la perception qu’ont les médecins des personnes en situation de précarité et sur les pistes d’actions qui pourraient être développées entre acteurs sociaux, médico-sociaux et sanitaires.

Méthodologie 

Un partenariat entre la DREES, les observatoires régionaux de la santé (ORS) et les unions régionales des professions de santé médecins libéraux (URPS-ML) permet depuis 2013 d’interroger une fois par semestre les médecins sur leur implication et leurs pratiques de prise en charge de divers problèmes de santé. Les données de la cinquième et dernière vague d’enquête, exploitées ici, portent sur la prise en charge des patients en situation de vulnérabilité sociale. Au total, 1540 médecins ont été interrogés entre mars et mai 2017. Le questionnaire abordait notamment les représentations de la vulnérabilité sociale du médecin général à travers l’évocation du dernier patient adulte vu en consultation, l’implication des médecins dans la prise en charge des patients, les difficultés rencontrées et le parcours professionnels et les relations professionnelles avec d’autres acteurs.

Perception de la vulnérabilité sociale

29% des médecins généralistes estimant que plus d’un quart de leurs patients sont en situation de vulnérabilité sociale ont une patientèle composée de moins de 10% de bénéficiaires de la CMUCMUCouverture Maladie Universel-C, ce qui indique que pour eux la perception de la vulnérabilité sociale ne se réduit pas uniquement au bénéfice de la CMUCMUCouverture Maladie Universel-C.

Les médecins ont été interrogés sur le dernier patient adulte vu en consultation qu’ils considéraient en situation de vulnérabilité sociale. Le plus fréquemment, il s’agit d’un patient de sexe masculin (dans 57% des cas), âgé de 45 à 59 ans (35%), vu au cours de la dernière semaine (71%) et suivi depuis moins de cinq ans (51%). Interrogés sur l’état de santé général de ce patient, 45% l’ont jugé « médiocre » ou « mauvais ».

Les critères de vulnérabilité sociale identifiés par les médecins

Pour une large majorité des médecins (83%), les conditions de vie de ce patient ont une incidence sur son état de santé. Sur les sept critères de vulnérabilité sociale proposés, trois sont majoritairement relevés par les praticiens : des revenus insuffisants pour satisfaire les besoins primaires ou ceux du ménage (67%), un isolement social (61%) et des difficultés liées à l’emploi (57%).

Des difficultés de prise en charge accrues pour les patients en situation de vulnérabilité sociale

Les ¾ des praticiens déclarent éprouver plus de difficultés pour la prise en charge de leurs patients en situation de vulnérabilité sociale que leurs autres patients.

La première des difficultés cliniques ressenties est l’addition de problèmes de santé chez un même patient (multimorbidité 86%) puis vient la difficulté à suivre le traitement donné (observance thérapeutique : 84%) et le recours aux soins tardif (83%).

Concernant les difficultés non cliniques, la durée de consultation plus longue est la première citée parmi les médecins (83%), le manque de coordination entre le secteur médical et social (78%), les obstacles à la prévention envers ces patients (75%) et la surcharge de travail administratif (73%).

Quel rôle s’adonne le médecin généraliste ?

Neuf médecins sur dix estiment de leur rôle d’adapter la relation avec un patient en situation de vulnérabilité sociale. L’organisation des collaborations inter-professionnelles avec les secteurs social et médico-social est moins souvent jugée comme faisant partie du rôle du médecin (59%) alors même que le manque de coordination entre le secteur médical et social représente une difficulté pour 78% des professionnels interrogés. Questionnés sur leur réseau et leur environnement professionnel, 43% des praticiens ont déclaré avoir été en contact, au cours de la dernière semaine, avec une structure sociale ou médico-sociale pour la prise en charge de l’un de leurs patients.

Besoins de formations exprimés par les médecins

Plus de la moitié des médecins interrogés (54%) ne se sentent pas suffisamment formés pour la prise en charge des patients en situation de vulnérabilité sociale, et notamment sur les possibilités d’intervention des travailleurs sociaux (82%) puis l’accès aux droits dans le système français (79%).

Les propositions de la Fédération

Face aux besoins exprimés de mieux connaître les possibilités d’intervention des travailleurs sociaux, la Fédération continuera de plaider pour l’organisation de rencontres dans les territoires (notamment dans le cadre des PRAPS) entre libéraux, acteurs sociaux et médico-sociaux afin d’apprendre à mieux se connaître et se coordonner, dans la perspective de mieux accompagner les patients en situation de précarité.

 

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