Emmanuel Macron s'est engagé à atteindre l'objectif "zéro SDF" mais la réalité est tout autre pour les personnes sans-abri

HuffingtonPost le 4/08/2018 - Collectif des associations unies

Avec une volonté politique et les moyens nécessaires, l'objectif serait atteignable en 5 à 10 ans avec la mise en œuvre de 3 chantiers prioritaires.

"Je ne veux plus (...) avoir des femmes et des hommes dans les rues, dans les bois ou perdus" déclarait le 27 juillet 2017, le Président de la République à Orléans. Le Collectif des Associations unies qui regroupe 36 associations de lutte contre l'exclusion soutient cet engagement fort, porteur d'espoir pour les personnes en grande précarité. Une promesse à la hauteur de la gravité de la situation d'un pays qui comptait 143.000 personnes sans domicile fixe en 2012 selon l'Insee, soit un chiffre en progression de 50% sur 10 ans.

Mais qu'en est-il un an après cette déclaration?

Avec plus de 140.000 places d'hébergement mises à disposition cet hiver, la mobilisation des services de l'Etat, des collectivités locales et des associations a été forte pour héberger les personnes sans domicile. La pérennisation de 5000 places d'hébergement hivernal annoncée le 31 mars à la demande des associations est également une avancée positive qui permet d'éviter une remise à la rue de nombreuses personnes et familles. Pour autant, plusieurs décisions politiques et arbitrages budgétaires nous inquiètent profondément dans la mesure où elles vont à l'encontre de la promesse du Président d'en finir avec le "sans-abrisme".

L'actualité estivale est marquée par la recrudescence des remises à la rue de personnes accueillies en hébergement d'urgence, à la suite des plans hiver, alors même que, faut-il le rappeler, les dangers liés à la vie dans la rue et la mortalité des sans-abri sont aussi importants l'été que l'hiver.

Des hébergements sous critères et la rue même pour des familles avec enfants

Dans les Hauts-de-Seine, à Marseille, Lyon, l'Etat impose aux familles à la rue des critères restrictifs tels que l'âge ou la santé des enfants pour l'accès et le maintien dans l'hébergement. Des mesures dans de nombreux cas illégales, dictées par la volonté de réduire les dépenses d'hébergement et qui vont alimenter le flux de familles à la rue ou vivant dans des campements indignes, en contradiction totale avec l'engagement présidentiel. La saturation du numéro d'appel d'urgence 115 s'aggrave l'été, sous l'effet des fermetures de places: à Paris 150 familles sans domicile fixe sollicitent chaque jour un hébergement sans obtenir de solution, une situation tout aussi critique en Seine-Saint-Denis... Le budget des Centres d'Hébergement et de Réinsertion Sociale (44 000 places) subit également une coupe brutale de 57 millions d'euros sur 4 ans (dont 20 millions dès 2018), occasionnant une réduction dangereuse des services et de l'accompagnement proposés aux personnes les plus fragiles.

A Paris l'été, 150 familles sans domicile fixe sollicitent chaque jour un hébergement sans obtenir de solution, une situation tout aussi critique en Seine-Saint-Denis.

Loger durablement les personnes sans-domicile nécessite une politique volontariste d'accès et de maintien dans le logement des ménages les plus pauvres. Le gouvernement a présenté dans ce sens, en septembre 2017, des mesures intéressantes autour du "plan quinquennal pour le logement d'abord", avec notamment la création de 10.000 places en pension de famille sur 5 ans, de 40.000 places dans des logements privés à vocation sociale pour les plus fragiles en 5 ans, la production de 40.000 logements très sociaux par an ou encore le renforcement de la prévention des expulsions locatives. Le Collectif des Associations Unies soutient ce programme que les associations ont contribué à élaborer.

Mais les économies budgétaires sans précédent réalisées sur les capacités d'investissement et de fonctionnement des organismes HLMHLMHabitation à loyer modéré (moins 800 millions en 2018 et en 2019 et moins 1,5 milliard annoncé pour 2020) auront nécessairement un impact très négatif sur la production neuve, la rénovation des logements dégradés ou les services rendus aux locataires les plus en difficulté. De même, la baisse de 5 euros par mois des APLAPLAide personnalisée au logement et leur gel en 2018 viennent encore fragiliser davantage les ménages les plus modestes confrontés au logement cher, en particulier dans les grandes métropoles. Des attaques sont également portées contre le logement social à travers la loi Elan actuellement examinée au parlement avec notamment la volonté de vendre 40.000 logements sociaux par an (contre 8000 aujourd'hui) ou encore la menace d'un affaiblissement de la loi SRU qui oblige la construction de 25% de logements sociaux dans les communes qui en sont dépourvues.

Que dire enfin du report des annonces de la stratégie de lutte contre la pauvreté, à laquelle les associations ont largement participé via la concertation engagée? Qu'il s'agit d'un bien mauvais message adressé aux plus fragiles quand parallèlement on supprime avec empressement l'ISF, l'exit tax ou la taxe d'habitation y compris pour les 20% des ménages les plus aisés.

Pourtant cette promesse est réalisable d'ici 5 à 10 ans avec une politique volontariste

Ces mesures vont à contresens de l'engagement présidentiel visant à ne pas laisser à l'abandon les personnes contraintes de vivre à la rue. Pourtant les associations restent pleinement mobilisées autour de cet objectif qui nécessite 3 chantiers prioritaires. Tout d'abord, la prévention; en revalorisant les APLAPLAide personnalisée au logement, en créant une véritable Garantie Universelle des Loyers pour aider les ménages à bas revenu à accéder et se maintenir dans leur logement et en endiguant la progression des expulsions locatives pour éviter que les personnes ne basculent dans la grande exclusion. Ensuite en agissant sur le front de l'hébergement; réduire significativement le nombre de sans-abri suppose de garantir l'accès inconditionnel à un hébergement immédiat et de qualité en adaptant l'offre existante et en appliquant un moratoire sur les mesures d'économie qui pénalisent les personnes et les associations qui les accompagnent. L'ambition d'atteindre un objectif de "zéro SDF" nécessite enfin une stratégie pluriannuelle et financées de production, à minima, de 60.000 logements très sociaux par an, pour permettre aux plus exclus d'accéder directement au logement avec un accompagnement si nécessaire, ou de sortir plus rapidement des centres d'hébergement d'urgence vers un logement stable. L'engagement présidentiel est donc atteignable d'ici 5 ou 10 ans selon les territoires si le pays s'en donne les moyens à travers une politique pluriannuelle concertée avec les associations, les territoires et les personnes qui subissent au quotidien cette exclusion. Mais pour cela, il est devenu urgent de changer de braquet.

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