8.5 millions

Avant que ne débute la conférence contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale qui s’est tenue en décembre dernier, il paraissait important de rappeler l’ampleur du phénomène de l’exclusion à travers quelques chiffres, mais également de l’incarner.

8,5 millions, c’est approximativement le nombre de pauvres en France si l’on utilise comme critère le seuil de 60 % du niveau de vie médian, à savoir, pour une personne seule, un revenu de 964 euros.

Sollicitées par la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité, huit personnes accompagnées ont accepté de tourner un clip inspiré de la vidéo de Bob Dylan (Subterranean homesick blues,1964) et répondre à quatre questions sur leur parcours, leur vécu de la pauvreté, leurs priorités en matière de lutte contre l’exclusion, et leurs attentes vis-à-vis de l’Etat. Retranscrites sur un site dédié www.huitmillionsetdemi.fr, et montées sous forme de deux vidéos, ces interviews mêlent expérience personnelle et parole collective. Elles reflètent ainsi les enjeux posés par la participation des personnes accueillies : construire une vision collective et porter des projets communs au-delà du seul testimonial.

Un véritable changement de regard

Portée par la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité, dont le Conseil d’administration compte depuis juin 2012 deux personnes accompagnées, la participation amorce un véritable changement de regard sur les personnes en situation d’exclusion. « Avec un niveau d’instruction en hausse, comme l’observait Eric Pliez dans un article de la revue Esprit, les nouveaux publics privés de logement sont aptes à faire valoir leurs droits ». En découle une nécessaire révolution dans les pratiques, consacrée dans la loi 2002-2 reconnaissant les droits et libertés des usagers. Si de nouvelles contraintes pour les établissements apparaissent pour mettre en oeuvre l’exercice de la citoyenneté des personnes accueillies (livret d’accueil sur l’organisation de la structure, contrat de séjour définissant les obligations réciproques, règlement de fonctionnement, conseil de la vie sociale...), les pratiques, quant à elles, évoluent lentement. Les Conseils de la vie sociale, par exemple, se bornent trop souvent à régler les petits problèmes du quotidien, comme l’établissement des menus, alors qu’ils sont destinés à réfléchir ensemble aux règles de fonctionnement.

Des instances régionales et nationales

L’exercice de la citoyenneté des personnes accompagnées, c’est aussi leur inclusion dans la définition des politiques de solidarité qui les concernent. C’est pourquoi la participation s’organise à travers des instances régionales et nationales. Constitué en mars 2010 à la demande d’Alain Régnier dans le cadre de la Refondation, le Conseil consultatif des personnes accueillies (CCPA) se décline aujourd’hui en conseils régionaux (CCRPA) dans douze régions. Sept CCRPA sont portés par la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité, trois par l’UNIOPSS et deux par la Fondation Armée du Salut. Deux nouveaux conseils devraient se former en 2013 en Haute-Normandie et en région Centre, sur la base de groupes départementaux existants. Composés de personnes accompagnées et de travailleurs sociaux, ils se réunissent quatre fois par an pour réfléchir sur des thèmes tels que l’emploi, l’accès au logement…

La participation ne se décrète pas

La participation nécessite une information des personnes, et des temps de préparation de manière à mettre les participants en capacité de comprendre les enjeux, émettre des propositions adaptées aux contraintes, et les exprimer dans le cadre des différentes instances de gouvernance régionale. Elle implique en outre une bonne compréhension des modalités « C e n’est pas parce qu’on éprou ve des diff icultés tempor aires, que l’on n’est plus bo n à rien » Corr ine d’organisation. Trop souvent, l’information n’est donnée qu’aux personnes jugées capables de participer, et ne sont pas traités les freins qui peuvent amener les personnes intéressées à s’investir : coûts engagés, transports, garde d’enfants, etc. Pour améliorer les pratiques, un guide méthodologique sera produit à l’été 2013 dans le cadre du programme européen PEPA (Partenariat européen pour une participation active) rassemblant l’Italie, le Portugal, l’Espagne et la France. Deux rencontres destinées au partage d’expériences ont d’ores et déjà eu lieu sur l’environnement législatif et les méthodologies utilisées. Deux autres auront lieu en 2013.

Poursuivant des objectifs similaires, le CNLE expérimente depuis cette année un 8ème collège composé de personnes accompagnées. Ce collège participe aux séances plénières du CNLE depuis le mois de juin et prépare les ordres du jour au préalable afin de permettre une participation qualitative. Huit associations, dont la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité à travers la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité Bretagne, portent ce collège dont les huit membres titulaires ont participé aux groupes de travail préparatoires à la conférence contre la pauvreté. Il sera intéressant d’établir un bilan, dans les mois qui viennent, de cette participation avec les membres du collège.

Rendez-vous sur le site www.huitmillionsetdemi.fr

Stéphane Delaunay

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