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[VUE D'AILLEURS] Homeless, not hopeless

homelessIl y a 20 ans, au Danemark, les droits sociaux de base étaient mis de côté dès lors qu‘une personne entrait dans un centre d’hébergement. Un groupe de personnes sans-abri a décidé qu’il était temps de changer cela, en constituant SAND, l’organisation des personnes sans-abri au Danemark.

INTERVIEW DE
 HARALD THISTED GJERSØE 
 MEMBRE DU CONSEIL D'ADMINISTRATION DE SAND, TRÉSORIER ET SECRÉTAIRE 

Comment la participation des personnes accompagnées a-t-elle émergé au Danemark?
Harald Thisted Gjersøe : Travail forcé, retrait de vos prestations sociales et un peu d’argent de poche, voilà ce qui était la réalité jusqu’à la fin des années 90 quand vous n’aviez pas votre propre domicile et que vous faisiez une demande pour une place en centre d’hébergement au Danemark. Entre les lignes, il était sous-entendu que les personnes qui avaient perdu leur logement, n’étaient pas en mesure de prendre soin d’elles-mêmes sur tous les aspects de leur vie. Les centres d’hébergement avaient à cette époque un caractère « disciplinaire » dans la mesure où leur action visait à remettre les personnes « sur la bonne voie » par le travail et la punition.
La résistance a commencé à s’organiser, tout simplement parce que perdre son emploi et sa maison ne signifie pas avoir perdu sa dignité. Les premiers conseils des résidents se sont ainsi créés avec l’objectif de gagner en influence dans les établissements et de promouvoir l’engagement personnel. Les personnes sans-abri ont alors fait des déclarations sur la manière dont les lieux d’accueil devaient être organisés de leur point de vue. Elles ont mis en place des règles de fonctionnement qu’elles considéraient comme pertinentes pour le lieu, ont exprimé leurs besoins et ont demandé à pouvoir participer activement à toutes les décisions qui concernaient leur vie.

Dans quel contexte, l’organisation SAND a-t-elle été créée?
H.T.G. : Pour un groupe de personne sans-abri, agir uniquement sur le cadre de vie quotidien, c’est-à-dire dans le centre d’hébergement, n’était pas suffisant. Elles voulaient inscrire leur action dans un contexte politique et social plus large, et créer une voix pour les personnes sans-abri afin qu’elles ne soient plus ignorées. Ainsi, des comités locaux ont été fondés par la mobilisation des membres des centres d’hébergement, des évènements ont été organisés pour sensibiliser l’opinion publique et montrer que les sans-abri doivent être reconnus comme des membres actifs de la société et qu’ils ont une parole égale à celle des autres concernant leur situation.
En 1998, les demandes des personnes sans-abri ont finalement été entendues par le Parlement danois. Ce fut un grand jour puisque la loi danoise sur les services sociaux a établi que les usagers des services pour sans-abri devaient être associés à toutes les questions qui concernaient leur vie quotidienne. SAND a officiellement été créée en 2001 avec un soutien financier du ministère des Affaires sociales.

Quelles sont les principales missions de SAND?
H.T.G. : SAND est une organisation pour les personnes sans domicile ou anciennement sans-abri au Danemark. Relais de ceux qui n’ont pas la parole, elle propose une plateforme sociale et politique pour les personnes marginalisées et soutient activement l’établissement de conseils de résidents dans les centres d’hébergement pour les personnes sans-abri. Les représentants de ces conseils se réunissent dans les comités SAND régionaux, au nombre de 12 dans tout le Danemark. Ces comités travaillent au niveau local avec les centres d’hébergement et entretiennent des contacts réguliers avec les élus locaux afin de garantir les droits des personnes sans-abri et faciliter leur participation à tous les niveaux. Ils sont consultés lorsque des décisions doivent être prises sur les champs qui les concernent. Ces changements ne se sont pas fait du jour au lendemain. Ce fut une bataille longue et difficile. Lorsque SAND a été fondé, il y a 15 ans, personne ne nous prédisait une durée de vie aussi longue. Aujourd’hui, nous sommes forts, comme la voix de ceux qui n’ont personne pour parler de leur situation.

+ Plus d’informations sur : www.sandudvalg.dk
Propos recueillis par Samuel Le Floch

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