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Témoignage - Daniel Janecek

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COORDINATEUR DU PROJET HOUSING FIRST À BRNO

Vous venez de gagner le prix de la FEANTSA « FSEFSEFonds social européen contre le sans-abrisme » avec votre projet Housing First à Brno, pour l’accès direct au logement des familles. Pourquoi avoir lancé ce projet ?

Daniel Janecek : Notre projet vise à tester de manière rigoureuse la possibilité de mettre un terme au sans-abrisme des familles en République tchèque, qu’elles soient Roms ou non, par le Logement d’abord. À Brno, des centaines de familles en situation d’exclusion vivent dans des hôtels privés, système qui enrichit les propriétaires de ces hôtels, coûte très cher et ne garantit pas de bonnes conditions de vie aux familles (mauvaises conditions d’hygiène, manque d’accès aux services sociaux, absence de sécurité et d’intimité). De plus, un grand nombre de familles Roms font face à des discriminations dans le parc privé. Nous pensons que chaque personne doit avoir une certaine stabilité, un certain cadre de vie afin de pouvoir accéder au marché du travail et s’insérer. La ville de Brno (400 000 habitants), qui possède et gère 29 000 appartements, a adopté une stratégie afin de mettre fin au sans-abrisme des familles. Le but est de rendre ce phénomène marginal, d’en réduire la durée au maximum et de mettre fin à sa récurrence dans le parcours de certaines familles. Depuis 2016, parmi les différentes approches testées en République Tchèque contre le sans-abrisme, le Logement d’abord s’est révélé la plus prometteuse. 50 appartements municipaux ont donc été dédiés au Logement d’abord à Brno.

Comment se passe l’évaluation ?
Constatez-vous une réelle amélioration de la situation des 50 familles ayant bénéficié d’Housing first ?

Daniel Janecek : Toutes les familles impliquées doivent au préalable accepter d’être accompagnées par l’association IQ Roma servis. Les travailleurs sociaux leur apportent un accompagnement social, pour les aider à se maintenir dans leur logement. Des 50 familles qui ont emménagé, aucune n’a quitté son logement.

Les premiers résultats des groupes de discussion ont montré que les personnes appréciaient particulièrement le fait d’avoir un lieu à elles. Elles y trouvent l’intimité qui leur manquait, comme le fait d’avoir sa propre salle de bain, ses propres toilettes, une forme de sécurité, de calme, de régularité. On note également un impact positif sur leurs enfants : avoir sa chambre, des rangements pour les jouets ou encore son propre bureau les rend plus heureux et renforce leur équilibre. Un jeune homme nous a fait part de l’amélioration de ses résultats au lycée et des parents nous ont rapporté des changements inattendus, par exemple une petite fille qui a soudainement commencé à parler alors qu’elle était silencieuse jusqu’alors. Un enfant en foyer est même retourné vivre avec sa famille. Enfin, le programme a permis aux foyers les plus stables d’avoir accès à des opportunités professionnelles.

Les perspectives du projet vous rendent-elles optimiste sur l’éradication possible du sansabrisme en République tchèque ?

Daniel Janecek : Dans tout le pays, les villes gèrent un parc locatif important. Ce projet a donc un grand potentiel pour amplifier la lutte contre le sans-abrisme. Si nous parvenons à démontrer que toute famille sans abri peut être logée et se maintenir dans un logement à condition de bénéficier d’un accompagnement adéquat, cela représenterait une énorme avancée, car il y a suffisamment de logements vacants en République tchèque pour loger toutes les personnes sans abri. C’est la première fois qu’un essai randomisé contrôlé est utilisé en République tchèque dans le but de rassembler des données sur l’impact d’un projet social. Il s’agit d’un type d’étude scientifique extrêmement fiable, utilisé à l’origine dans le domaine de la médecine et plus récemment en sciences sociales. Les prochaines données, rassemblées et traitées par l’Université d’Ostrava, seront disponibles en décembre 2017, puis en juillet 2018.

La mise en oeuvre de ce projet est suivie de près par les médias, les élus et des experts de tout le pays. Si nous réussissons, nous pouvons espérer que cette approche soit adoptée par d’autres villes et des acteurs nationaux.

PROPOS RECUEILLIS PAR
Laura Slimani

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