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Grand angle/PARTI PRIS - Olivier Noblecourt

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© Ministères sociaux/Dicom/Philippe Lelluch/L&Sphoto-Associés  

Olivier Noblecourt

DÉLÉGUÉ INTERMINISTÉRIEL À LA PRÉVENTION ET À LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ
DES ENFANTS ET DES JEUNES DEPUIS LE 15 NOVEMBRE 2017

Vous êtes aujourd’hui rattaché à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.
Quelle est votre mission ?

Olivier Noblecourt : J’ai en effet un ministère de rattachement, celui de Madame Buzyn, et, par définition, je dois travailler avec tous les ministères. Ma mission est en deux temps : mener une concertation pour élaborer la nouvelle stratégie nationale de lutte contre la pauvreté, avec une entrée « enfants et jeunes », puis piloter sa mise en oeuvre. Ce n’est pas une approche restrictive par « publics », mais un fil par lequel on arrive à l’ensemble des causes et conséquences de la pauvreté. Quatre briques composeront cette nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté : la prévention, l’accompagnement social, l’accompagnement renforcé et la gouvernance, nationale et territoriale. Six groupes de travail se réuniront de décembre à mars pour travailler sur l’enfance et les politiques familiales et éducatives, les jeunes vulnérables, la prévention de droit commun et les nouveaux leviers de prévention, l’accès aux droits et aux services et la lutte contre le non recours, l’accompagnement renforcé dans la lutte contre les exclusions, et, enfin, la lutte contre la pauvreté à partir des territoires. Afin de compléter ces groupes de travail nationaux, une dizaine de journées territoriales de concertation nous aideront à recueillir la parole des personnes concernées et à concevoir cette stratégie avec elles. Nous ne partons pas sur un nouveau plan quinquennal avec 54 mesures comme le précédent, mais nous nous adossons à celui-ci. Il ne s’agit pas de tout réinventer mais de trouver les inflexions majeures susceptibles de faire reculer véritablement la pauvreté, et d’abord celle des enfants et des jeunes.

Qu’attendez-vous des associations ?

Olivier Noblecourt : Je souhaite qu’elles soient impliquées sur l’ensemble des aspects de la concertation pour coproduire cette stratégie, dans sa conception, et, ensuite, dans sa mise en oeuvre. Cette stratégie de lutte contre la pauvreté doit être nourrie d’initiatives concrètes. Les innovations existent déjà et elles sont expérimentées par les associations et quelques collectivités ! Nous devons montrer que l’action des associations et des travailleurs sociaux est utile. Les associations auront à accepter et à assumer, avec l’État, de modifier les objectifs et les pratiques. Je suis persuadé qu’il peut encore exister un discours vertueux sur la solidarité et qu’il ne faut pas se résigner à un discours décliniste. Ma conviction, c’est que lutter contre la pauvreté des enfants, c’est redonner de l’espoir à de nombreuses familles. Nous sommes sur un nouveau cycle de politiques publiques, que nous pouvons collectivement renouveler sur cette double logique de prévention et d’investissement, c’est une chance !

Mais les premiers mois du nouveau gouvernement et les récentes coupes budgétaires n’ont pas montré une réelle volonté politique de lutter contre la pauvreté.
Pensez-vous avoir assez de marge de manoeuvre pour mener votre mission en adéquation avec vos convictions ?

Olivier Noblecourt : Avant ma nomination, j’ai eu des échanges approfondis avec les ministres les plus mobilisés, Agnès Buzyn et Jean-Michel Blanquer. J’ai rencontré le Président de la République et le Premier ministre, et j’ai ressenti leur volonté de faire de la lutte contre la pauvreté une priorité, avec cette inflexion majeure à mes yeux en faveur des enfants et des jeunes, pour rompre le déterminisme de la pauvreté qui sape notre pacte social. Je suis donc convaincu de l’ambition forte du gouvernement, tout en étant conscient que l’action sociale est un combat permanent. J’ai passé 17 ans de ma vie dans l’action publique territoriale dont 6 ans dans l’action sociale et familiale. En tant que vice-président du CCASCCASCentre communal d'action sociale de Grenoble et vice-président de la métropole sur l’accès à l’hébergement et au logement, j’ai créé différents dispositifs, pour l’accès aux droits, l’accès des enfants en situation de pauvreté aux crèches et l’apprentissage du langage, la gestion de l’hébergement d’urgence, des lits halte soin santé, un dispositif d’insertion du public rom, travaillé sur le logement d’abord… À chaque fois il a fallu convaincre.

J’ai également beaucoup travaillé sur des enjeux nationaux, en participant au groupe « familles » lors de l’élaboration du plan quinquennal de lutte contre la pauvreté fin 2012, et en rédigeant différents rapports, sur la petite enfance, par exemple, en 2013 « La lutte contre les inégalités commence dans les crèches », sur les expérimentations sociales dans les collectivités locales, l’intégration des femmes migrantes, ou sur la politique de la ville et la participation citoyenne. Cette approche combinée du national et du local a construit ma vision de l’action sociale. Je revendique mon engagement, qui suppose une démarche collective. Et c’est bien l’enjeu de la concertation qui s’ouvre que de mobiliser le plus largement possible.

PROPOS RECUEILLIS PAR
Céline Figuière

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