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Grand angle/SUR LE TERRAIN - Programme Jade

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© Julien Jaulin
Zoom sur les jeunes ambassadeurs du droit

L’accueil réservé à Victor et Jade au centre des loisirs de Villepinte est sonore et enjoué. Une vingtaine d’enfants, de 8 à 10 ans, se presse autour des deux jeunes ambassadeurs des droits, missionnés par le Défenseur des droits pour transmettre les valeurs relatives aux droits de l’enfant inscrits dans la Convention internationale des droits de l’enfant de 1989.

Depuis trois jours, ils animent des ateliers d’un genre particulier pour le centre des loisirs, dans le cadre d’un partenariat avec le service jeunesse de la mairie. Avec eux, les enfants découvrent qu’ils ont des droits !

En formation depuis trois semaines, Victor et Jade font partie de la nouvelle promotion des Jeunes Ambassadeurs des Droits de l’Enfant (JADE), qui regroupe cette année 102 jeunes de 17 à 25 ans. Avec ce service civique, ils interviendront pendant 8 mois dans les écoles, les hôpitaux, les foyers de l’aide sociale à l’enfance ou dans des structures liées aux handicaps, en représentant l’institution du Défenseur des droits. « Cette année, les jeunes sont particulièrement sérieux, très investis. Ils sont matures et se rendent compte de la chance qu’ils ont d’être formés pendant trois semaines », explique Leslie Delau, coordinatrice nationale du programme JADE. Droit à l’éducation et aux loisirs, droit d’être protégé, droit à la santé, droit de vivre en famille… Les deux JADE décrivent avec minutie les 12 droits fondamentaux des enfants. Leur auditoire est conquis, curieux, et presque fier de savoir qu’il peut, comme un adulte, faire partie d’une association, bénéficier d’une justice adaptée, ou avoir droit au repos !

« Je craignais un peu le sujet des violences sexuelles, je ne savais pas trop comment en parler aux enfants. J’en ai discuté avec une ancienne JADE avant de venir au centre des loisirs et elle m’a rassuré. Finalement ça s’est bien passé et j’ai pu voir l’importance d’intervenir en binôme pour s’entraider lorsque l’on se sent moins à l’aise », raconte Victor. Pour les enfants, peu de tabou. Ils ont vite intégré leur nouvel allié dans la vie, « l’adulte de confiance », pour les aider s’ils estiment que leurs droits ne sont pas respectés. Il est aussi question de la normalité et du rapport à l’autre cet après-midi-là à Villepinte. « On veut qu’ils sachent qu’il faut aider les autres, qu’ils ont une responsabilité », dit Jade, qui a décidé de faire une pause dans ses études de droit en faisant un service civique. « Avec les JADE je reste dans le juridique, mais c’est concret et utile » sourit-elle. Si la transmission des valeurs et des droits reste au centre de l’intervention des JADE, les activités sont toujours ludiques. Jeux de mimes sur le droit qui leur semble le plus important ou réalisation d’affiches avec inscriptions et collages, la mise en scène de l’apprentissage semble parfaitement correspondre à leurs intérêts.

Trouver le ton juste pour parler des droits

Retour au siège national du Défenseur des droits, le lendemain, pour la dernière séance de formation de la promotion 2017/2018. Cette fois, chaque binôme doit présenter les droits et l’institution du Défenseur des droits devant les autres JADE et quelques anciens, venus prêter main forte à cette nouvelle promotion. Ils jouent alors le rôle des enfants, posent des questions, parfois difficiles, et donnent ensuite leur point de vue sur la pertinence de l’intervention. Les critiques sont nombreuses mais toujours constructives. Ils notent également les moments où les hésitations sont visibles et où, parfois, la solidarité interne au binôme tarde à se mettre en place. Ils sont passés par là l’an dernier et ils partagent les solutions et anecdotes utiles. Pierre, par exemple, est un ancien JADE, devenu animateur à plein temps dans une école cette année. Ces huit mois de service civique ont été un déclic pour lui « c’est une année où l’on prend le temps de réfléchir. J’ai vu que je voulais travailler dans le domaine de l’enfance et transmettre des savoirs et des valeurs, donner des clés juridiques aux enfants ». Si Pierre a vécu son service civique comme un sas d’entrée dans la vie professionnelle, d’autres JADE sortent à peine du lycée et se découvrent euxmêmes durant la formation. Face à des enfants, leur responsabilité est d’autant plus importante. Les candidats au programme JADE passent d’abord un entretien avec l’association qui a l’agrément service civique (Concordia et Unis-cité) et ensuite avec l’équipe qui coordonne les JADE au Défenseur des droits. « Nous portons une attention particulière à leur fragilité, ils doivent avoir assez de recul pour ne pas transférer leur histoire, ne pas montrer leur vécu. Il leur faut savoir réagir aussi aux paroles des enfants. On a créé la procédure dite des « paroles inquiétantes ». Dans ce cas, ils m’appellent et le pôle Défense des droits de l’enfant de l’institution ou le délégué territorial du Défenseur des droits, leur tuteur, prend le relais », précise Leslie. Les JADE se retrouveront à nouveau lors de deux sessions de formation : en janvier pour préparer des interventions auprès d’un public plus spécialisé et apprendre à utiliser les outils dans d’autres situations, et en juin pour faire un bilan de leur service civique et voir comment améliorer le programme pour les promotions à venir.

Céline Figuière

+ PLUS D’INFORMATIONS :
www.defenseurdesdroits.fr

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