F, le magazine de la Fédération 

Reportage - Des avocats à la porte

busComme chaque jeudi à 17 heures, le Bus de la solidarité vient se garer devant la sortie du métro Porte de Clichy. Hassène, Aurélie et Paul, les trois avocats bénévoles qui ont proposé de faire cette permanence d’accès au droit, s’installent rapidement dans les espaces qui leur sont réservés dans le bus. Pendant trois heures, ils vont recevoir des « clients », qui, ce soir, ne paieront pas.

Paul vient pour la première fois. Certains de ses collègues du cabinet d’affaires dans lequel il travaille lui en ont parlé, et il souhaite voir s’il peut être utile avant de s’engager à revenir régulièrement. « Je suis spécialisé dans le contentieux pharmaceutique… donc je ne sais pas si je vais pouvoir aider les personnes qui viendront ce soir », s’inquiète-t-il.

Pas de file d’attente devant la porte du Bus ce soir, mais quelques personnes entrent tranquillement. Marie-Hélène est leur premier contact une fois dans le véhicule. Juriste pour l’association Droits d’Urgence, elle est dédiée au partenariat avec le barreau de Paris depuis deux ans.

Avec un sourire, elle leur demande s’ils sont déjà venus, s’ils connaissent le fonctionnement de ces permanences et les invitent à s’assoir à l’arrière du bus, qui fait office de salle d’attente.

D’abord ils verront Antonin, étudiant en droit, qui a ce soir la lourde tâche de répartir les personnes auprès des trois avocats selon les problématiques invoquées. Les écouter, mais sans les laisser raconter toute leur histoire puisque ils le feront ensuite devant l’avocat… le rôle d’Antonin n’est pas facile. Les problèmes, les histoires, les dossiers sont très variés, tout comme les classes sociales et les âges des « justiciables » du Bus. Ils sont de « simples » citoyens, donc ni des professionnels du droit ni des avocats, et ils ont besoin de conseils pour faire valoir leurs droits ou les connaître.

Une première étape

Outre sa gratuité, le grand avantage de ce type de permanence est qu’elle permet aux avocats d’aller au-devant des personnes, sans qu’elles aient à pousser la porte d’une institution quelconque ou d’un cabinet d’avocat. Finalement, dans ce bus, personne n’est à sa place, donc tout le monde semble plutôt à l’aise. « Je vois arriver des gens en situation d’urgence ici, un courrier d’huissier à la main. Ils ne savent pas quoi faire. Je dois d’abord leur rappeler ce qu’est le droit, la loi et je leur donne ensuite des conseils, mais je ne peux pas choisir pour eux ou faire à leur place. On passe aussi beaucoup de temps à les écouter, ils sont parfois en grande détresse », raconte Hassène, avocat qui assure des permanences dans le bus depuis un an. Khadra ne connaissait pas le Bus de la solidarité avant de chercher une permanence gratuite sur Internet pour solutionner un conflit avec une entreprise qui a fait des travaux dans son magasin. « Je voulais avoir un conseil, savoir si je devais engager une procédure ou laisser tomber. Et je ne voulais pas payer un avocat pour poser ce genre de questions. Alors je suis venue ! », explique-t-elle.

En général les avocats donnent des conseils, une orientation, mais le justiciable qu’ils ont vu dans le bus n’a pas vocation à devenir leur client. Et si cela devait devenir le cas, il faudrait au préalable faire un « droit de suite », pour demander l’accord du bâtonnier de Paris.

Si le « pro bono », entendez le bénévolat, fait bien partie du métier d’avocat, l’équipe du Bus avait bien du mal à trouver des volontaires il y a encore quelques années. « Avec l’arrivée de jeunes avocats, les listes des créneaux horaires se remplissent dans la demi-heure », se réjouit Emmanuelle Delnatte, responsable du fonds de dotation « Barreau de Paris Solidarité », qui y voit un possible changement de mentalités avec ces jeunes confrères, peut-être plus sensibles à la précarité que leurs ainés, et qui peut compter sur une présence régulière des 300 avocats inscrits sur la liste.

Avant de partir, Hassène, Aurélie et Paul, font le tour des questions qui leur ont été posées ce soir. Droit de copropriété, rupture conventionnelle de contrat de travail, renseignements sur le DALODALODroit au logement opposable (droit au logement opposable), risque d’expulsion, contentieux avec la caisse d’allocations familiales, avec l’université, le dentiste… les dossiers étaient variés.

A 20 heures le Bus redémarre. Prochaine étape : la Porte de Montreuil, samedi matin.

Plus d’informations www.avocats.paris

Céline Figuière

ImprimerE-mail

S'ABONNER AU MAGAZINE

Abonnez-vous et recevez le nouveau numéro chaque trimestre.

Connectez-vous à votre compte