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Reportages - Se sentir « Habitant »

se-sentir-habitantLa maison des habitants du centre-ville de Grenoble a réussi son pari : profiter d’un changement d’appellation pour ne plus être vue comme la « maison des pauvres ». Longtemps dénommée « centre social », maintenant « Maison des Habitants » (MDH), elle est ouverte à tous, quelles que soient les catégories socio-professionnelles, les âges, les cultures, les chemins de vie.

A l’entrée, Laurence, Nadra et Françoise. Elles sont secrétaires d’accueil et jouent de bienveillance pour décrypter le plus rapidement possible les situations des personnes qui passent la porte de la MDH du Vieux Temple. Par pudeur ou par méconnaissance, les vraies raisons de leur venue peuvent ne pas être dites. Par le biais d’un formulaire à remplir, il peut être plus largement question d’une demande de domicile, d’un problème parental ou tout simplement d’un mal-être dû à l’isolement. Les secrétaires d’accueil, pièces maîtresse des MDH, informent, orientent et aident les autres professionnels dans leurs missions. Tout près d’elles se trouve le bureau d’Anne. Depuis quelques années, elle assume le rôle d’écrivain public. Le CCASCCASCentre communal d'action sociale de Grenoble a étendu les postes d’écrivains publics depuis deux ans, et désormais, chaque MDH dispose d’une personne chargée d’aider les personnes à remplir leurs dossiers, téléphoner aux différentes institutions, expliquer le sens et les implications administratives des courriers officiels, ou, plus largement, savoir si elles disposent bien des droits auxquels elles pourraient prétendre. « On ne fait pas de suivi, nous ne sommes pas assistantes sociales, mais nous essayons de débloquer les conflits, de faire le point sur la situation générale de la personne », explique Anne Guillaume.

Les animations, un bon alibi pour lutter contre le non-recours

À l’accueil, elles sont toutes d’accord : maintenant les gens osent plus facilement pousser la porte de la MDH sans se sentir stigmatisés, osent poser des questions. Le contact se fait plus simplement avec les habitants du quartier. La multiplication des animations proposées y est pour beaucoup. Entre les ateliers cuisine, les cours de langues, d’informatique, le réseau d’échange des savoirs, les petits déjeuners du jeudi matin, les raisons de venir à la MDH sont aussi variées que le public.

« Nous comptons 35 000 habitants dans notre secteur, donc on est une petite ville à nous seuls ! Mais cela suppose que les personnes prennent la peine de venir nous voir. Nous n’allons pas vers elles, sauf pour les informer de nos activités, dans les journaux par exemple », explique Bénédicte Wagnon, la directrice de la MDH. Dans cette partie de la ville sont également regroupés des centres d’hébergement et des accueils de jour, et les travailleurs sociaux orientent leurs résidents sans abri vers la MDH pour qu’ils puissent bénéficier des mêmes services que les autres habitants du quartier. Mais s’ils souhaitent élire domicile à Grenoble, la procédure ne pourra s’engager à la MDH. C’est en effet au siège du CCASCCASCentre communal d'action sociale que sont enregistrées les demandes de domiciliation pour les personnes qui n’ont pas de domicile stable. Par contre, une fois que la demande est acceptée, les personnes peuvent venir chercher leur courrier à la MDH du Vieux Temple. Actuellement, 17 personnes sont concernées. Et si elles ont des questions à poser sur une lettre ou un formulaire qu’elles viennent de recevoir, elles demandent tout simplement à voir Anne, l’écrivain public.

Sous le prisme de l’accès aux droits

Mais le CCASCCASCentre communal d'action sociale de Grenoble a décidé d’aller plus loin pour lutter contre le non-recours et en faire l’axe structurant de son action pour la période 2015-2020, dans l’ensemble de ses services (MDH, services sociaux, centres d’hébergements, crèches, maisons de retraite…). Grâce à un récent partenariat avec l’Observatoire national de lutte contre le non-recours, Odénore, basé à Grenoble, un questionnaire d’évaluation des actions sera bientôt mis en place, anglé sur l’accès aux droits, pour asseoir cette démarche sur une expertise partagée.

Les écrivains publics des MDH suivent déjà des formations dispensées par l’Observatoire pour élaborer une grille de reconnaissance du non-recours. « Il fallait d’abord s’assurer que nous parlions de la même chose. J’avoue que pour moi les dysfonctionnements administratifs ou bien les indus font partie du non-recours mais je voudrais m’assurer que cet avis soit partagé par tous… », s’interroge Anne, qui vient de commencer les séances de formation.

Une expérience qui pourrait inspirer d’autres CCAS…

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