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[REPORTAGE] La parole est à vous

parole«Donner son avis», «trouver des informations pratiques sur l’aide sociale», «se renseigner sur les lieux où se soigner», «simplement voir ce qui se fait», «soutenir la démarche de la participation», «échanger avec d’autres professionnels», «écouter les besoins des personnes accompagnées», en cette fin de mois de septembre, chacun est venu avec sa petite idée en tête au conseil consultatif régional des personnes accueillies (CCRPA) de Midi- Pyrénées. Sous le soleil de Toulouse, dans l’enceinte du centre hospitalier Gérard Marchant, ils sont ainsi plus d’une centaine à participer à cette nouvelle journée de rencontre, d’échanges et d’information.

Une journée à la configuration revisitée, où chacun est libre d’aller et venir, sans contrainte horaire, sans obligation d’assister à tel ou tel débat. «Le CCRPA a été mis en place il y a plusieurs années, on était dans un système de routine, avec des réunions mensuelles autour d’une table sur un thème unique. Ça n’intéresse pas forcément les gens», analyse Aldo, délégué du CCRPA. «On a voulu sortir de ça, proposer quelque chose de nouveau et d’ouvert sur l’extérieur. Là, les personnes peuvent aller poser des questions à qui elles veulent, choisir le thème sur lequel elles veulent s’exprimer», poursuit-il. Installé dans les jardins, un forum associatif, composé d’une douzaine de stands, accueille les participants. Dans une ambiance conviviale et décontractée, personnes accompagnées, éducateurs spécialisés, directeurs de structures, représentants d’institutions, étudiants en travail social, se mêlent et parlent de logement, de santé, d’accès aux loisirs ou à la culture. Les discussions portent aussi sur les différents lieux d’accueil pour les personnes à la rue accueils de jour, accueils spécifiques pour les femmes, pour les jeunes. Chacun vient piocher l’information dont il a besoin. Comme Marianne, hébergée dans un foyer d’accueil à Toulouse, qui vient pour la première fois au CCRPA: «j’ai été informée de cette journée par le foyer, je suis venue pour obtenir plus de renseignements sur les aides au logement et l’aide vestimentaire. Je pense que, si je suis toujours dans la même situation, je reviendrais la prochaine fois.»

D’UN ATELIER À L’AUTRE
En fil rouge de la journée, trois ateliers permanents sont proposés aux participants. Répartis dans le dédale des salles du centre régional de formation aux métiers du travail social Erasme, qui a accepté de prêter ses locaux pour l’occasion, ces ateliers coanimés par des membres du CCRPA et des intervenants sociaux, portent sur l’habitat, la santé et le premier accueil social inconditionnel de proximité. Sans déroulé pré-établi, ils se construisent au fil des questions et des interventions. Au sein de l’atelier consacré à la santé, en cercle de discussion, on relève les manques en termes de prise en charge, on confronte les propositions à la réalité du terrain. La parole se libère petit à petit, les idées s’ajoutent au paper board. «D’habitude, le CCRPA se tient sous forme de plénière, ce nouveau format en ateliers est très intéressant, il crée de véritables espaces de dialogue, cela va dans le bon sens pour donner toujours plus de visibilité à la parole des personnes accompagnées», remarque Nathalie, représentante de la direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale, qui soutient financièrement le CCRPA. Franck, accompagné par l’association Le Relais, salue aussi l’initiative: «les personnes accueillies sont les premières concernées, c’est important qu’elles aient la parole pour que les institutionnels se rendent compte de comment ça se passe vraiment pour elles.» Au-delà du recueil des besoins, cet atelier permet aussi de se renseigner sur les dispositifs existants, ainsi, beaucoup entendent parler pour la première fois de la Permanence d’accès aux soins de santé mobile, du centre départemental de vaccination ou encore du centre de lutte anti-tuberculose de la Haute-Garonne. Des cartes de visite sont distribuées, des noms d’associations travaillant dans le champ de la santé et de la santé mentale circulent.

DÉPASSER LES STATUTS
Dans la salle de classe où se tient l’atelier sur le premier accueil social inconditionnel, des affiches au mur rappellent les enjeux de la participation et les moyens de développer le pouvoir d’agir. Et sur le grand tableau blanc, des questions interpellent les participants «Premier accueil social inconditionnel: de quoi parle-t-on? Comment vous l’imaginez? Comment faut-il l’organiser?». «Dès 2012, la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité a initié l’idée de créer un premier accueil inconditionnel, cette proposition a ensuite été retravaillée lors des Journées du travail social en 2013, et reprise par l’État dans le plan d’action du travail social. Tout au long du processus, les personnes accompagnées ont été associées à la réflexion», constate Geneviève, chargée de mission Participation à la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité. Suite à une présentation de ce nouveau dispositif, qui devra être coordonné par les départements, les questions sont nombreuses. Plusieurs personnes accompagnées expriment leurs inquiétudes et leurs attentes concrètes. «C’est essentiel que les personnes concernées puissent donner leur avis, on a trop tendance à faire à leur place, on parle souvent en leur nom. Nous, on ne vit pas la précarité, on essaie juste de la réduire», revendique Stéphane, directeur adjoint du foyer du May. Ainsi pour favoriser la prise de parole, c’est en petits groupes que les participants sont invités à réfléchir à la mise en oeuvre de ce premier accueil afin qu’il réponde au mieux aux problématiques rencontrées par les personnes en situation de précarité. «C’est important d’avoir la parole sur ce sujet», indique Dorian, accompagné par l’association Village douze, «même si ce n’est pas toujours facile de la prendre en public», précise-t-il. Le statut de chacun disparaît au sein des groupes, tous parle d’égal à égal, comme l’atteste Fabien, éducateur spécialisé au CHRSCHRSCentre d'Hébergement et de Réinsertion Sociale Antipoul: «participer à ce type de journée, ça permet de sortir de la relation de travailleur social à personne accompagnée, ça bouscule les pratiques et oblige à ne pas rester dans un fonctionnement figé».
Après ce CCRPA, un important travail avec les partenaires sera nécessaire pour réaliser les préconisations récoltées, comme par exemple, celle d’associer les personnes accueillies aux temps de concertation organisés par les départements avant l’ouverture de ces accueils. De leur côté, les membres du CCRPA pensent déjà à la prochaine mobilisation: «on va continuer à améliorer le fonctionnement du conseil consultatif pour atteindre toujours plus de monde, notamment ceux et celles qui se trouvent à la rue», conclut Mamadou, délégué du CCRPA.

Laure Pauthier

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