Grand angle - QUESTIONS À - Yasmina Younes

YasminaQuel est votre parcours ? Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

Yasmine Younes : Très jeune, j’ai subi des violences à la maison. Quand l’école l’a signalé, j’ai été placée dans un foyer, ça ne s’est pas bien passé. À l’adolescence, je me suis retrouvée dans la rue, j’ai enchainé les mises à l’abri. En 2011, j’ai intégré un CHRS en accueil ambulatoire, finalement on a fini par m’attribuer une place en appartement thérapeutique pendant quatre ans. Aujourd’hui, suite à une procédure DALO, j’ai un logement, mais c’est difficile. La machine institutionnelle, qui m’a fait vivre ce parcours du combattant, de dispositif en dispositif, m’a broyée. L’accompagnement est essentiel, les personnes en difficulté ont besoin de se sentir entourées, soutenues, sans être jugées. Quand je dis « accompagnement », ce n’est pas à vie, mais jusqu’à ce que la personne soit vraiment installée mentalement et physiquement dans son vrai chez soi afin qu’elle ne reproduise pas la vie de la rue ou institutionnelle. C’est ce que je travaille de jour en jour pour laisser ce passé et reconstruire autour ce qui va devenir mon avenir.

Qu’est-ce qui aurait pu changer votre situation ?

Y.Y. : La rupture avec ma famille a été très dure, selon moi, l’Education nationale a été trop intrusive. On n’a pas cherché à renouer le lien parents-enfant, à mettre en place un accompagnement spécifique, on a privilégié la coupure familiale pour mettre un terme aux violences sans se préoccuper des conséquences sur une enfant de cette rupture familiale. Alors qu’en plus, il y a aussi de la maltraitance dans les institutions ! Même si j’ai pu trouver des mains tendues tout au long de mon parcours, ce mauvais départ a créé un manque de repères qui a eu un impact sur toute ma vie.

Qu’attendez-vous des politiques aujourd’hui ?

Y.Y. : Qu’ils agissent d’abord pour favoriser l’accès aux soins des personnes sans-abri et des personnes précaires, ensuite pour permettre un accompagnement réel du départ jusqu’à la fin, jusqu’à ce que les personnes se sentent stabilisées. Il faut aussi défendre les droits acquis qui sont parfois menacés par les propositions de certains candidats à l’élection. En fait, les politiques ne sont pas assez attentifs aux personnes en difficulté et à l’écoute de leur réalité.

PROPOS RECUEILLIS PAR Laure Pauthier

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