Une action territoriale : la coordination des acteurs de la précarité à Paris

Une collaboration étroite entre la ville, le département de Paris et la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile-de-France a donné naissance en 2008 à une mission de coordination des acteurs de la précarité. L’objectif de cette mission consiste à faciliter le parcours d’insertion des personnes précaires, grâce à une meilleure coordination des actions de plusieurs partenaires : mairies d’arrondissement, associations, habitants/citoyens.

Cette coordination territoriale (arrondissement) a pour objectif de développer des micro-réseaux, des cellules précarité à l’échelle de chaque arrondissement. Développée avec le soutien de la ville de Paris, la SNCF l'a rejoint en juillet 2011 afin de développer la coordination des acteurs intervenant dans les 6 grandes gares parisiennes et de faire le lien avec les associations et les mairies d’arrondissement. Les 3 axes de la mission de coordination sont l’animation de réunions de coordination et les liens entre les mairies et les associations ; la coordination dans les 6 grandes gares parisiennes ; et les interventions dans les conseils de quartier, les associations d’habitants. 

Questions à Lotfi Ouanezar - Chargé de mission précarité de la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile de France, "facilitateur" de liens entre les différents acteurs.


Concrètement comment fonctionne une réunion de la cellule précarité ?

Ces réunions se tiennent tous les 3 mois de manière identique : locaux  (mairies), horaire (18H00), intervenant de qualité (spécialiste). Elles sont indispensables pour fidéliser les acteurs.  Chaque mairie d’arrondissement peut solliciter la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile-de-France pour monter une cellule précarité. Aujourd’hui, il existe des cellules précarité bien implantées dans plusieurs arrondissements.

L’objectif est de créer une dynamique partenariale autour des publics accueillis/accompagnés au sein de l’arrondissement. La cellule précarité informe les acteurs sur l’actualité de l’arrondissement et sur l’évolution de notre secteur, mutualise les connaissances, harmonise les pratiques, produit des outils aux différents acteurs et  accompagne quelques projets.

Les réunions de la cellule précarité peuvent avoir lieu dans une structure associative, afin de mettre un coup de projecteur sur les activités de l’association et mieux la faire connaître auprès des partenaires.

Ces rencontres sont co-animées par les élus des mairies, chargés de la lutte contre les exclusions et la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile-de-France. Y sont présents des acteurs divers : maraudes, accueils de jour, centres d’hébergement, Permanences sociales d’accueil (PSA), Services sociaux départementaux polyvalents (SSDP), Permanences d’accès aux soins et de la santé (PASS), Atelier santé ville (ASV), Point accès aux droits (PAD), représentants des conseils de quartier, etc.

A chaque réunion, une thématique propre à chaque arrondissement est développée par un professionnel, par exemple : santé mentale et précarité. Sont présentés les informations et les projets relatifs au territoire et des pistes de travail sont préconisées.


Quel est l’impact de cette action sur la vie associative ?  

Cette action permet tout d’abord aux associations de bien s’implanter dans l’arrondissement, le quartier dans lequel ils s’ancrent, en travaillant avec les habitants, les « bénévoles ». Plusieurs exemples illustrent une bonne coopération entre les associations et les habitants, comme l’organisation de visites ou de journées « portes ouvertes » entre un groupe d’habitants et les associations présentes dans l’arrondissement / quartier.

D’autre part, les associations n’ont pas toujours le temps d’organiser des réunions inter-associatives, ce que la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale peut permettre. Ces rencontres  favorisent une meilleure vision globale du territoire, la prise de contact, l’échange et le travail en commun avec d’autres acteurs associatifs sur divers projets territoriaux.

En 2009, Paris a été découpé en quatre secteurs en vue d’organiser la coordination des équipes de maraudes qui vont à la rencontre des personnes qui sont à la rue. Cela a-t-il modifié les contours de la mission ?

Oui, c’était nécessaire et complémentaire. Tout d’abord, quelques mots sur la sectorisation des maraudes à Paris qui a apporté beaucoup de choses positives aux acteurs, comme :
- une meilleure complémentarité spatiale et temporelle dans chaque secteur,
- une meilleure coordination entre les équipes de maraudes.

Quatre opérateurs ont été retenus : Association Emmaüs solidarité pour le secteur Nord, Aurore pour le secteur Ouest, Aux Captifs la libération pour le secteur Centre et Les Enfants du Canal pour le secteur Sud. Chaque secteur est doté d’un référent qui coordonne l’activité maraude sur son secteur pour aboutir à un maillage complet et précis de son territoire. Il assure l’animation technique du réseau tout en respectant les spécificités de chacun des acteurs. Cette nouvelle organisation permet une meilleure visibilité et une meilleure fluidité de la prise en charge.

Notre réseau, dans chaque secteur, doit mieux valoriser, accompagner le travail des équipes de rue,  nous devons les renforcer, elles sont souvent les premières à créer un lien avec les personnes à la rue.

Nous devons anticiper les événements et travailler sur plusieurs questions :
- Quelle conception du travail de rue pour les années à venir ?
- Comment aller vers les personnes qui ne formulent pas de demandes ?
- Comment traiter la notion de refus ?
- Quel espace privé pour les sans-abri dans l’espace public ?


Quelle est votre action auprès des gares parisiennes ?


Il n’existe pas de frontières entre la gare et les rues de l’arrondissement. Les sans-abri se retrouvent souvent dans un aller-retour constant entre l’intérieur et l’extérieur de la gare. Face à ce constat, la SNCF, la ville de Paris et la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile-de-France ont mis en place une coordination pour travailler ensemble sur l’errance dans les gares parisiennes en décloisonnant les dispositifs entre la gare et l’arrondissement. A cet effet, une convention partenariale a été signée entre la SNCF et la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile-de-France en juillet 2011. Les objectifs de la mission sont de :
- faciliter la prise en charge des personnes en situation d’exclusion sociale en gare,
- inscrire / ancrer les 6 gares parisiennes dans leur territoire / « arrondissement » respectif, et assurer le lien avec les mairies parisiennes, 
- accompagner le travail associatif dans les différentes gares parisiennes,
- réunir les intervenants (internes / externes, agents SNCF / associatifs) de chaque gare autour d’une méthodologie commune d’intervention,
- veiller au bon déroulement des échanges entre les différents acteurs.


Le regard des habitants change-t-il ?


Ce n’est pas toujours évident. Il faut du temps. Il y a chez eux une forme de compassion vis-à-vis des personnes. A la fois, les personnes vivant dans la rue sont des « voisins » mais peuvent être aussi des « étrangers ». La FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale Ile-de-France intervient dans les conseils de quartier, dans les espaces citoyens pour répondre à leur questionnement, leur expliquer tout le travail qui est réalisé au sein de leur arrondissement / quartier, les informer sur les différents dispositifs parisiens et sur ce qu’ils peuvent faire et sur ce qu’ils ne peuvent pas faire. Nous rappelons autant que nécessaire que l’habitant ne doit pas se substituer au travailleur social.

Des flyers listant les dispositifs solidaires et de lutte contre l’exclusion ont, par exemple, été élaborés avec les associations et les mairies d’arrondissement.

Pourquoi les associations n’accueillent-elles pas les personnes au sein de leur structure ? Pourquoi les personnes refusent-elles d’être aidées ? Comment pourrai-je aider les associations ? Telles sont les questions qui reviennent régulièrement.

L’enjeu est donc bien de faire se rencontrer associations et habitants du quartier pour mieux appréhender la notion de "refus" et de "temporalité" des actions, des démarches. Par ailleurs, lors d’une ouverture de centre d’accueil, d’hébergement, ces rencontres permettent de lever les peurs, désamorcer les blocages. Ces rencontres sont nécessaires pour promouvoir le "vivre ensemble".


Sophia D’Oliveira Rouxel

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