Interview de Bolewa Sabourin, parrain de Respirations

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Bolewa Sabourin est danseur-chorégraphe, co-fondateur de l'association LOBA et co-auteur du livre "la rage de vivre". Depuis quelques mois, il est aussi l’un des parrains de Respirations. Interview.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours et de votre association ?

Je suis né à Paris en 1985 d’un père congolais et d’une mère française. A l’âge de un an, je suis parti vivre au Congo avec mes grands-parents et je suis revenu en France à 6 ans. A cette époque, mon père était danseur, il gagnait difficilement pas sa vie. Sans papiers, il était l’un des porte-paroles du collectif qui occupait l’Eglise Saint-Bernard en 1996 à Paris et qui demandait la régularisation de tou.te.s les sans-papiers. A 18 ans, je me suis retrouvé à vivre à la rue, je squattais ici et là, et j’étais membre des jeudis noirs, un collectif qui ouvre et occupe des bâtiments laissés vacants. La galère, le militantisme, le monde des associations... tout ça, je connais bien, et depuis longtemps. J’y ai énormément appris.

En 2008, avec mon meilleur ami William Njiboum, nous avons voulu créer une association qui nous permette d’exprimer toutes nos identités et toute notre pluralité. On a donc monté l’association LOBA qui veut dire « Exprime-toi » en Lingala, une langue de la République du Congo. L’idée c’était que l’art soit mis au service de la cité. On trouvait que les gens qui allaient voir du rap c’était les mêmes personnes, le rock, les mêmes personnes, on voulait rassembler tous les publics en un même lieu. En fait, on voulait créer de la cohésion et de la sociabilité grâce à l’art.

En 2016, on a rencontré Dr Denis Mukwege, Gynécologue Obstétriciens, qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2018. On lui a proposé un projet pour venir en aide aux femmes victimes de viol comme arme de guerre au Congo, en faisant de la danse un outil thérapeutique.

Quelle place accordez-vous à la danse et aux autres formes d’expression artistique dans les parcours de vie des personnes ?

Au début, le projet de l’association LOBA devait être éphémère et puis c’est devenu un projet de vie, du fait de la très bonne réception des femmes au Congo. En parallèle, on a décidé de mettre en place ce programme en France. Notre souhait est d’aider les femmes qui ont été victimes de violences à réapprendre à vivre avec leur corps et à se le réapproprier, après qu’il ait été meurtri, déposédé, rejeté. Depuis quelques temps, on travaille avec un centre qui accueille des femmes porteuses du VIH, le centre Ikambere à Saint Denis, avec l’hôpital Avicenne à Bobigny, ainsi qu’avec un Centre d’hébergement d’urgence pour jeunes femmes à Paris.

On parle de danse mais pour être plus juste, il s’agit plutôt de réparation du corps par le mouvement. Le corps est relié au cerveau. On n’a jamais vu un cerveau se balader sans corps et inversement, non ? Quand une personne vit un choc traumatique, les neurones sont dérangés dans leur fonctionnement, il faut alors les réengager dans le bon sens. Ce sont les connexions neurologiques qui vont permettre au corps de reprendre ses facultés et sa marche en avant. Notre démarche est donc liée à la santé et aux soins, pas au spectacle.

Qu’est-ce qui vous a poussé à devenir parrain de Respirations ?

Respirations correspond à l’idée que je me fais de la culture pour tou.te.s. Chez LOBA, on décline la culture à travers la santé, l’éduction, l’engagement, la cité… La culture répond à tous les besoins de la cité. Il est nécessaire que toutes les personnes qui sont dans des situations de précarité puissent y avoir accès. On ne peut pas juste avoir un toit et de l’argent, ça ne fait pas de nous des êtres humains.

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