2010, année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale

logoDans l'Union européenne, près de 80 millions de personnes seraient menacées de pauvreté, soit 17 % de la population et dont 19 millions d'enfants. C'est le constat qui est fait en cette année 2010, proclamée « Année européenne de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale » sous le slogan : « Halte à la pauvreté ! » : http://www.leurope-contre-la-pauvrete.gouv.fr/

 En France, c'est la DGCSDGCSDirection Générale de La Cohésion Sociale (Direction générale de la cohésion sociale, anciennement DGAS) qui est chargée de l'organisation de l'année européenne. Les réseaux associatifs, dont la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité, font parti du comité de pilotage. Le fil rouge adopté pour cette année européenne est de considérer la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale comme un élément essentiel de la cohésion sociale et du développement durable de notre société. C'est l'axe autour duquel l'ensemble des événements du programme français s'articulent. Il se décline en trois thèmes : la gouvernance et les partenariats territoriaux, les parcours d'insertion et enfin la citoyenneté.


Comme tous les ans, l'année européenne s'accompagne d'un financement de projets spécifiques, dont la sélection s'est close en novembre 2009. La France a reçu environ 600 projets d'associations et de collectivités territoriales. La liste des 68 projets retenus a été officialisée lors de la cérémonie d'ouverture nationale organisée le 18 février à Paris, au Palais des Congrès, en présence de Martin Hirsch, Haut commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, de Benoist Apparu, Secrétaire d'Etat, chargé du Logement et de l'urbanisme et de Lázló Andor, nouveau Commissaire européen pour l'emploi, les affaires sociales et l'inclusion.


Parmi les projets financés, on trouve un concert « 2010 minutes pour la lutte contre la pauvreté » organisé par un groupe d'usagers, un projet d'insertion par la culture intitulé « Parcours sensibles » et mis en œuvre par la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité Bretagne et des associations culturelles de Rennes (Transmusicales et Electroni[K]) ou encore une action sur la « Précarité et la santé mentale » à destination des professionnels, lancée par le siège de la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité. D'autres projets du réseau devraient avoir la labellisation à défaut de financements, par exemple le projet « Vivre en maison relais : paroles d'expert du vécu » de la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité Pays de la Loire qui vise à prendre en compte le regard des résidents comme un support pour l'évaluation des pensions de famille.


En France, l'année européenne prévoit des séminaires en région sur chacun des thèmes du programme national : au mois de mai à Rennes sur le thème « parcours d'insertion » ; au mois de juin à Marseille sur « l'accès aux droits et citoyenneté » et enfin la conférence de septembre prévue à Lille traitera de la « gouvernance et du partenariat territorial ».


De 2010 à 2020 : quelle stratégie pour l'Union européenne ?


Au-delà des actions de communication, l'année européenne 2010 est un moment important pour l'Union européenne, puisque cette année marque l'échéance de la Stratégie de Lisbonne qui visait l'éradication de la pauvreté en 10 ans. En effet, en 2000, les chefs d'État et de gouvernement s'étaient engagés de donner « un élan décisif à la lutte contre l'exclusion ». Si élan il y a eu, il est resté peu efficace. Le taux de pauvreté il y a 10 ans se situait à 16 % ! Un point de moins qu'aujourd'hui, ...


La stratégie de Lisbonne prévoyait d'ici 2010 « ...de faire en sorte que l'Europe devienne l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d'une croissance économique durable, accompagnée d'une amélioration quantitative et qualitative de l'emploi et d'une plus grande cohésion sociale ». La stratégie de Lisbonne avait aussi des objectifs sociaux. Mais elle ne s'est pas avérée un succès en ce qui concerne la lutte contre l'exclusion. Les questions sociales ont été clairement secondaires et directement liées à l'objectif de croissance et d'emploi. Par ailleurs, la Méthode ouverte de coordination (MOC) qui vise une convergence et une évaluation des politiques et dispositifs sociaux des Etats membres, n'est pas assez contraignante pour donner de réels résultats.


La communication de la Commission européenne pour la stratégie 2020 a été communiquée le 3 mars dernier, et prévoit de mettre en œuvre une stratégie basée sur une « croissance intelligente, durable et inclusive » :

- Une croissance « intelligente » qui vise à développer une économie fondée sur la connaissance et l'innovation.

- Une croissance « durable » pour promouvoir une économie plus efficace dans l'utilisation des ressources, plus verte et plus compétitive.

- Une croissance « inclusive » qui encourage une économie à fort taux d'emploi favorisant la cohésion sociale et territoriale.


La stratégie sera discutée puis approuvée par les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne à la fin du mois de mars, et sa mise en œuvre débutera après le sommet de juin 2010.


On peut se féliciter de voir la lutte contre la pauvreté se retrouver parmi les priorités mais les indicateurs de pauvreté rattachés aux objectifs suscitent des inquiétudes pour les associations. En effet, l'objectif de pauvreté doit être établi sur la base d'un « indicateur ancré dans le temps », plutôt que sur un taux de pauvreté dite relative.


Le taux de pauvreté relative mesure la proportion de personnes vivant avec moins de 60 % de l'actuel revenu médian. Il a été utilisé par la Commission dans ses enquêtes Eurobaromètre durant les dix dernières années. A l'inverse, l'indicateur ancré dans le temps mesure la croissance économique et son impact sur les niveaux de vie généraux. Il ne concerne donc pas directement le niveau de pauvreté.


Les réseaux associatifs plaident pour l'adoption d'un objectif chiffré de réduction de la pauvreté qui soit réellement représentatif. Le Réseau européen des associations de lutte contre la pauvreté et l'exclusion (EAPN), le réseau européen anti-pauvreté, considère que « la supposition selon laquelle la croissance économique va élever l'adéquation des niveaux de vie de tous n'est pas souvent observée en pratique ». Cela revient en effet à considérer que la croissance économique réduirait automatiquement les inégalités sociales ! La France est le seul pays de l'Union européenne à avoir adopté comme principal indicateur un « indicateur de pauvreté ancré dans le temps ». La branche française de l'EAPN, dont la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité est membre, observe qu'alors que la pauvreté a baissé de 13,1 à 12,5 % en 2007, la pauvreté relative a, quant à elle, augmenté de 13,1 à 13,3 % la même année. Cette augmentation s'est accompagnée d'une hausse de l'intensité de la pauvreté, d'une hausse du nombre de jeunes et d'enfants risquant de tomber dans la pauvreté. De même, la population active a été davantage touchée par la pauvreté et le surendettement, et son accès à la santé a été restreint.


La lutte contre la pauvreté : parent pauvre de l'Europe ? Selon l'Eurobaromètre, la grande majorité des européens (73 %) considèrent que la pauvreté est un problème très répandu dans leur pays, et ils sont 89 % à souhaiter que leur gouvernement prenne des mesures d'urgence pour y remédier.
La stratégie de Lisbonne comportait plus d'une centaine de lignes directrices : trop d'objectifs et pas de visibilité. Les compétences et le choix des moyens incombaient aux Etats, or l'Union européenne n'a pas de moyens de contraindre les Etats.


Selon les Traités, elle peut juste « encourager » les Etats membres à développer leur coopération, des échanges d'informations et de bonnes pratiques ou financer certains projets nationaux.


La réussite de la stratégie européenne de 2020 pour notre secteur repose donc d'une part sur la capacité de l'Union européenne à contraindre les Etats membres à s'engager dans la lutte contre la pauvreté et sur la capacité de ces mêmes Etats membres à jouer réellement le jeu et à s'approprier cette nouvelle stratégie.


Samuel Le Floch

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