[TRIBUNE] Campements : nouveau mode d’hébergement ?

Ouest France le 17/10/19

Par Christophe Deltombe, président de La Cimade, Hubert Trapet, président d’Emmaüs France, Louis Gallois, président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité, Philippe de Botton, président de Médecins du Monde, Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique - Caritas France, le président d’Emmaüs France

Depuis un an, plus de 700 femmes, enfants, hommes, mineurs isolés - survivent dans un gymnase à Saint-Herblain (Loire-Atlantique), sans autre solution proposée par les pouvoirs publics. Malgré les alertes des associations et d’élus de plus en plus nombreux, l’État a gardé le silence.

Face à cette inertie, des associations ont saisi le tribunal administratif de Nantes pour demander une mise à l’abri inconditionnelle et tenter d’éviter un drame. Le tribunal a accordé trois mois pour que l’État procède à l’évacuation.

Il a autorisé le préfet à contrôler la situation administrative des personnes avant de les mettre à l’abri, symbole de l’élévation vertigineuse du seuil de tolérance par rapport aux situations inacceptables de campements, squats et bidonvilles.

Il y a quelques jours, un homme meurt dans le gymnase.

« Nous appliquerons la décision. Je ne peux pas dire quand, ni comment. La confidentialité est nécessaire pour garantir la sécurité de l’opération » déclare alors le préfet des Pays de la Loire.

Quatre jours après, les services de l’État investissent les lieux : quarante-neuf membres de familles mis à l’abri, onze personnes enfermées en centre de rétention, des centaines laissées sans information, hors la remise d’un badge pour pouvoir entrer à nouveau dans le gymnase et espérer une prise en charge, si leur situation administrative leur en « donne le droit ».

Des personnes dont ce lieu était le seul domicile se voient donc interdites d’entrer pour récupérer leurs affaires parce qu’elles n’étaient pas là à l’heure où l’État, qui les méprise depuis des mois, a décidé de les « recenser ».

Depuis des mois des associations demandent une réponse

À Nantes, c’est un condensé de la politique de l’État en matière d’hébergement des migrants en 2019, qui se joue. Elle est aussi menée à Paris, Grande-Synthe, Bordeaux, Rennes, Strasbourg… où ces campements se multiplient. Là, des femmes, des hommes, des enfants venus chercher protection en France voient leur situation sociale, leur santé, leur avenir se déliter.

Depuis des mois, nos associations demandent une réponse à la hauteur de ces situations. Le tri, pas plus que le mépris, n’est une option en matière de solidarité !

Le 27 juin, nous étions une cinquantaine d’organisations et de collectifs citoyens à publier un manifeste pour mettre fin aux situations indignes d’errance et de campements. Nous demandons une protection et un hébergement d’urgence, immédiats et inconditionnels, un accès rapide aux procédures de demande d’asile, y compris pour les personnes « dublinées », ainsi que la possibilité de régularisations. Nous demandons un dialogue réel entre les différents acteurs : préfets, collectivités, associations et personnes concernées. Une réponse forte, humaine, et tellement plus raisonnable que l’échec de la politique actuelle.

Ces demandes, nous les avons adressées au Premier ministre. Elles attendent toujours une réponse, mais le gouvernement a produit des instructions qui éloignent encore davantage les personnes exilées d’un hébergement. C’est le cas de celle qui permet l’échange d’informations entre gestionnaires du 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri et l’Office français de l’immigration et de l’intégration. Elle a déjà exclu de l’hébergement d’urgence des demandeurs d’asile.

À la promesse du président de la République en 2017 qui assurait qu’il n’y aurait « plus personne dans les rues d’ici la fin de l’année », nous voulions croire. Pourtant, chaque jour, les droits fondamentaux des personnes exilées sont ouvertement bafoués. Il est urgent de cesser cette politique : quand le gouvernement apportera-t-il une réponse digne ?

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