« Le risque est de créer un système d’asile à deux vitesses »

L'Etat fait bien de trouver des places pour les migrants du Moyen-Orient, mais ne doit pas oublier les autres demandeurs d'asile et les sans-abri. A l'approche de l'hiver, il faut multiplier les solutions d'accueil, martèle Florent Guéguen de la FnarsFnarsAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité.

 En annonçant l’accueil de 30 000 personnes réfugiées issues des zones de guerre en Syrie, en Libye et en Irak, la France répond à un devoir de solidarité et à l’urgence d’une protection humanitaire des familles qui fuient la guerre et la dictature. Si personne ne conteste la priorité donnée à l’accompagnement de ces familles qui s’installent progressivement dans des centres d’hébergement ouverts en urgence en région parisienne, la création de ces places interroge sur les risques de concurrence avec les publics sans-abri, migrants ou demandeurs d’asile qui ne sont pas issus du Moyen-Orient.

Pas de système d’asile à deux vitesses

L’inquiétude est réelle au sein des associations de lutte contre l’exclusion, confrontées à une saturation structurelle des capacités d’accueil du 115115Numéro d’urgence sociale anonyme et gratuit pour les sans-abri, le numéro d’urgence accessible aux sans-abri, qui ne répond en moyenne qu’à une demande d’hébergement sur deux. Depuis plusieurs années, nous demandons aux collectivités locales de mobiliser des bâtiments vides pour l’accueil des sans-abri avec souvent la même réponse : pas de foncier disponible ! Et il a fallu une forte mobilisation des opinions publiques française et européenne pour découvrir l’existence de locaux inutilisés proposés par les maires, et mobilisables en quelques jours pour les réfugiés.

Le risque est aussi de créer un système d’asile à plusieurs vitesses et une concurrence entre les migrants dans un contexte national dramatique avec seulement 36% des demandeurs d’asile (toutes nationalités confondues) qui obtiennent une place en centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (Cada) comme le prévoit pourtant la loi. Si l’Etat doit assurer un accueil prioritaire et un accompagnement des demandeurs d’asile issus des zones de guerre du Moyen-Orient permettant de traiter la demande d’asile en quelques semaines, il doit aussi répondre à la demande d’hébergement et d’accompagnement des autres demandeurs, issus notamment du Kosovo, de la République démocratique du Congo ou de la Russie, qui sont les premières nationalités à solliciter l’asile en France.

Au-delà de l’émotion du moment

Pour répondre à cette urgence et contourner le risque de concurrence entre les publics, la FnarsFnarsAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité a conseillé au ministre de l’Intérieur de créer au moins 20 000 places Cada supplémentaires, accessibles à tous les demandeurs. Nous demandons également un renforcement significatif des capacités d’hébergement pour les sans-abri, qu’ils soient migrants ou non, pour anticiper la période hivernale et faire la preuve, par les actes, que l’Etat prend en compte l’ensemble des personnes en situation de détresse sociale au-delà de l’émotion du moment. L’Etat doit aussi accepter d’ouvrir l’autorisation de travailler aux demandeurs d’asile dès les premiers mois de présence en France pour préparer leur intégration et favoriser leur autonomie financière.

Il faut enfin assumer l’accélération des mesures de régularisation des personnes et des familles qui, bien que n’ayant pas obtenu l’asile, sont considérées comme « non expulsables ». Ces régularisations « à titre humanitaire » sont nécessaires pour sortir les personnes de la précarité et libérer des places dans les centres d’hébergement. Tels sont les défis que l’Etat, les collectivités locales et les associations doivent relever collectivement pour que les réactions gouvernementales à la crise de l’asile en Europe aient des effets positifs pour l’ensemble des publics en situation de grande exclusion.

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