Baromètre 115 - Synthèse hivernale 2011-2012

120513_02Le 5ème baromètre propose un bilan de la période hivernale, de novembre 2011 à mars 2012. Les  réponses apportées par les 115 aux demandes des personnes témoignent de l’échec de la politique de Refondation et du Logement d’abord : de nombreuses personnes demeurent contraintes de vivre à la rue, malgré les engagements du gouvernement sortant.

Le déficit de réponse institutionnelle

Cet hiver, sur les 228 876 demandes d’hébergement faites au 115 dans les 37 départements de l’échantillon du baromètre 115 de la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité, la moitié n’a pas trouvé de réponse. Le droit à l’hébergement d’urgence, reconnu comme une liberté fondamentale par le Conseil d’Etat dans une ordonnance du 10 février 2012, reste encore bel et bien une liberté entravée.

Les chiffres du baromètre hivernal corroborent le constat de l’inachèvement de la Refondation du secteur, engagée depuis plusieurs années. De nombreuses personnes demeurent encore aujourd’hui contraintes de vivre à la rue, malgré l’engagement posé en 2007 par le président Sarkozy. Même en hiver, période pendant laquelle les moyens de la solidarité sont renforcés, des demandes d’hébergement demeurent non satisfaites faute de réponses suffisantes et adaptées. Régulée par le thermomètre, l’offre d’hébergement d’urgence s’adapte en hiver aux conditions climatiques avant de s’adapter aux besoins des personnes.

Les portes tournantes

A la faiblesse des réponses apportées, s’ajoutent l’inadaptation des réponses et l’incapacité du dispositif d’hébergement à favoriser l’accès à des solutions durables pour les personnes à la rue. 50 % de celles qui ont appelé le 115 entre novembre 2011 et mars 2012 (ou pour lesquelles un appel a été passé) étaient ainsi déjà connues dans le dispositif d’urgence. Dans la majorité des cas, les solutions d’hébergement proposées le sont pour une courte durée. La plupart des départements appliquent en effet l’alternance de l’aide pour répondre à un plus grand nombre de demandes : une solution d’hébergement est proposée pour une ou deux à trois nuits seulement - généralement sans évaluation sociale - puis les personnes sont remises à la rue, les obligeant à recomposer le 115.

Le principe de continuité de l’accueil n’est donc toujours pas effectif. Le dispositif continue à maintenir les personnes dans un système de ‘’portes tournantes’’, en ne leur offrant qu’une mise à l’abri ponctuelle. Il ne leur offre pas un lieu où elles puissent se poser, mettre fin à des logiques de ruptures, pour envisager une solution plus pérenne et adaptée à leur situation et leur permettre ainsi de sortir de la rue.

Le non-recours

Face à cette situation, de plus en plus de personnes renoncent à solliciter le 115. Aux attentes longues, rythmées par les messages vocaux, s’ajoute la lassitude des refus répétés et l’absence de places disponibles. Au-delà du manque de places, l’enjeu réside dans les conditions d’accueil du dispositif, dont l’humanisation est inachevée, et dans sa capacité à favoriser l’accès à des solutions d’insertion durable. La politique du Logement d’abord, viatique du gouvernement Fillon, reste aujourd’hui un vœu pieux. Sans politique ambitieuse de construction de logement très social et sans investissement massif dans l’accompagnement social, elle le restera. L’urgence est d’autant plus forte que les jeunes sont de plus en plus touchés : 16 % des personnes qui sollicitent le 115 ont entre 18 et 25 ans, et 16 % sont des enfants en famille.

 

Un prochain baromètre, publié début juin, poursuivra l’observation afin de mettre en lumière les problèmes de la prise en charge des personnes à la rue, une fois l’hiver passé.

 

Laura CHARRIER,
Christelle CIRBEAU,

 

Mots-clés: Baromètre

ImprimerE-mail

Connectez-vous à votre compte