Baromètre 115 - Synthèse hivernale 2013-2014

Les chiffres de la synthèse hivernale du baromètre 115 montrent que la précarité progresse sur les territoires et que le dispositif d’hébergement ne parvient pas à y faire face. L’engagement de la fin de la gestion au thermomètre de l’hébergement d’urgence achoppe cette année encore. Bien qu’annoncée par le Gouvernement, la transition n’a pas eu lieu.  Cet hiver, comme les précédents, le dispositif a eu recours à des locaux précaires inadaptés (casernes, gendarmeries, locaux hospitaliers, gymnases, hôtels…) qui ne respectent pas les normes de décence et de dignité, et qui ferment actuellement sans proposer de solutions plus durables aux personnes.

Une augmentation continue des demandes au 115

Le nombre de demandes d’hébergement au 115 a fortement augmenté cet hiver, avec 10 % de demandes supplémentaires par rapport à l’hiver dernier dans les 37 départements, et 2,5 % à Paris en journée. Il traduit une dégradation de la situation sociale, dans un contexte de crise économique et sociale.

Plus nombreuses, les sollicitations au 115 sont faites pourtant par moins de personnes. De novembre 2013 à mars 2014, 49 433 personnes différentes ont sollicité le dispositif d’urgence pour un hébergement, contre 51 400 personnes l’hiver dernier, soit une diminution de 4 %. Le défaut de solutions proposées aux personnes et/ou la durée courte des séjours qui leur sont attribués génèrent des demandes multiples : l’organisation du dispositif oblige les personnes à réitérer plusieurs fois leur demande dans l’espoir d’obtenir une réponse positive. En moyenne, les personnes ont fait, au cours de cet hiver, 7,2 demandes d’hébergement contre 6,3 l’année dernière.

Cette progression des demandes est plus particulièrement le fait d’une sollicitation croissante des personnes en famille dans les 37 départements. Si les hommes isolés représentent la majorité des personnes qui sollicitent le 115, les demandes des personnes en famille ont fortement augmenté (+15%) par rapport à l’hiver dernier. Ces dernières font de nombreuses demandes au 115, 9,3 en moyenne, dans l’espoir d’obtenir une réponse. À Paris, les demandes concernent essentiellement les hommes seuls (63 %). Les phénomènes migratoires expliquent également l’augmentation des demandes dans les 37 départements. Les demandes des communautaires et extra-communautaires ont progressé, respectivement de 34 % et de 20 % entre les deux hivers.

Un hiver critique, l’asphyxie du 115

En plein hiver, alors que les capacités d’hébergement ont été renforcées sur les territoires, 1 500 personnes sont restées sans solution chaque jour en moyenne dans les 37 départements. Au total, 61% des demandes d’hébergement n’ont pas donné lieu à un hébergement cet hiver, contre 59% l’hiver dernier.

Le constat posé, depuis plusieurs années, sur le dispositif d’urgence demeure inchangé : la persistance d’un trop grand nombre de réponses négatives aux demandes d’hébergement faute de places ouvertes et adaptées pour répondre aux besoins toujours grandissant. Critique depuis de très nombreux mois, la situation continue de se dégrader dans les territoires : 24 des 37 départements de l’échantillon du baromètre enregistrent une dégradation de leur taux d’attribution par rapport à l’hiver dernier. La principale raison de ces réponses négatives reste l’absence de places disponibles suffisantes pour proposer un hébergement aux personnes à la rue qui appellent le 115.

Le nombre d’attributions a pourtant augmenté entre les deux hivers, passant de 133 431 durant l’hiver 2012-2013 à 138 820 cet hiver (+ 4 %). L’augmentation des places d’hébergement d’urgence (+ 15 %) et du recours à l’hôtel (+ 12 %) n’a pas suffi à répondre à la hausse des demandes d’hébergement (+ 10 %) et à masquer la diminution des attributions vers les places temporaires. Cet hiver, le nombre de places temporaires hivernales attribuées a été plus faible que l’hiver dernier (- 18 %). Les places hivernales n’ont pas été ouvertes partout, du fait de la douceur des températures : ainsi des structures, pourtant prêtes à accueillir des personnes sans-abri, n’ont pas été ouvertes faute de déclenchement des niveaux météo France.
La situation à Paris marque une légère amélioration. Cet hiver, 55 % des demandes faites au 115 de Paris entre le 1er novembre et le 31 mars ont donné lieu à un hébergement, contre 47 % l’hiver dernier sur l’activité de journée. Les attributions ont augmenté globalement de 18 % entre les deux hivers sur l’activité de jour, et les non-attributions baissé de 12 %. Malgré tout, 45 % des demandes n’ont pas donné lieu à un hébergement en journée et 35 %  en soirée. L’essentiel de ces non-attributions correspond à des demandes non pourvues faute de places disponibles (40 %).

Une réponse d’urgence aléatoire, sélective et discontinue

Parmi les 49 433 personnes qui ont sollicité le 115 cet hiver dans les 37 départements, 44 % n’ont jamais été hébergées malgré leurs diverses sollicitations. Principalement des personnes de nationalité étrangère et des familles : 68 % des demandes des personnes issues de l’Union européenne et de 66 % de celles des personnes issues de pays hors Union européenne n’ont pas obtenu de place cet hiver, contre 49 % des demandes des Français. Le principe de continuité est également fortement fragilisé. De plus en plus de 115 pratiquent l’alternance de l’aide pour héberger plus de personnes, mais pour des séjours de courte durée. Cet hiver, 17 506 personnes ont été remises à la rue après l’attribution d’un hébergement, les obligeant à recomposer le 115.

Une urgence chronique, qui alimente le non recours

Le dispositif d’hébergement d’urgence continue à constituer une impasse pour certains, dont ils ne parviennent pas à sortir. Ainsi, 58 % des personnes qui ont sollicité le 115 cet hiver étaient déjà connues des 115 avant novembre 2013. Face à l’insuffisance de places d’hébergement disponibles ou encore à des conditions d’hébergement inadaptées ou indignes, 8 % des personnes qui ont composé le 115 ne le rappellent pas en cas d’absence de proposition lors de l’appel et 2 % d’entre elles refusent la place qui leur est proposée. Un phénomène qui prend de l’ampleur (+ 9 %).Les refus des usagers aux solutions proposées et le non-rappel des personnes concernent essentiellement des hommes seuls de nationalité française. Cette situation confirme le phénomène de renoncement des personnes les plus isolées.

La fin de cette période hivernale se traduit encore par la fermeture progressive de places d’hébergement et la remise à la rue des personnes. Avec les créations ou les pérennisations de places de mise à l’abri sans moyens suffisants pour permettre un accompagnement des personnes vers des solutions plus durables, ce modèle risque fort de perdurer. C’est une perspective inacceptable pour les personnes à la rue et pour les intervenants sociaux des dispositifs de veille sociale (115, accueil de jour, maraudes, hébergement d’urgence…). Face à l’absence de réponses à proposer aux personnes, la perte de sens et la souffrance deviennent une réalité quotidienne pour nombre d’entre eux. Il est urgent d’agir.

Face à cette situation humanitaire dramatique, la FNARSFNARSAncien nom de la Fédération des acteurs de la solidarité demande au Gouvernement, qui vient de confirmer la mise en œuvre du plan quinquennal de lutte contre la pauvreté, de prendre des mesures d’urgence :

  • un moratoire immédiat sur les fermetures de centre lorsqu’aucune solution n’est trouvée pour les personnes ;
  • la mobilisation, par les préfets, du parc privé et social disponible pour trouver rapidement des solutions d’hébergement ou de relogement, avec un accompagnement social par les associations ;
  • l’adoption d’une loi de programmation de logements très sociaux et de places d’hébergement pérennes sur les territoires les plus tendus, permettant de rompre à terme avec la gestion saisonnière de la grande exclusion inefficace et coûteuse pour la collectivité.

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Mots-clés: Baromètre

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