F, le magazine de la Fédération 

F#20 - Les enjeux de l'aide alimentaire

Interview de Jacques Bailet, Président de la Fédération Française des Banques Alimentaires

baillet" Quelles sont les actions des Banques Alimentaires ?
Jacques Bailet : Les Banques Alimentaires viennent du refus d’admettre qu’il y a d’un côté des personnes confrontées à une précarité alimentaire et de l’autre des denrées jetées alors qu’elles sont consommables. Sur les principes de la gratuité, du don, de la lutte contre le gaspillage alimentaire, du bénévolat, notre mission première est de procurer des denrées aux associations partenaires. Depuis 35 ans, plus de 4 milliards de repas ont été distribués. Ce sont 6 000 bénévoles et 500 salarié·e·s qui permettent chaque année de redistribuer 113 000 tonnes de denrées alimentaires, soit l’équivalent de 226 millions de repas, venant en aide à 2 millions de personnes, principalement des familles monoparentales et des personnes isolées sans enfant. Ouvertes toute l’année sur l’ensemble du territoire français, les 79 Banques Alimentaires agissent sur le terrain pour collecter, trier et distribuer équitablement les denrées aux 5 400 partenaires, associations et centres communaux d’action sociale (CCASCCASCentre communal d'action sociale).

D’où proviennent les denrées ?
Jacques Bailet : 73 000 tonnes proviennent des grandes surfaces, des industriels et des agriculteurs, 25 000 tonnes du Fonds européen aux plus démunis (FEAD) et 12 000 tonnes d’une collecte nationale sur un week-end en fin d’année.

Quelles sont vos autres missions ?
Jacques Bailet : Nous favorisons le lien social avec l’aide des associations partenaires. Nous animons des ateliers qui permettent d’apprendre à cuisiner les produits auxquels 40 000 personnes ont bénéficié. Nous avons mis en place des camions cuisine pour animer des petits groupes auprès d’associations qui n’ont pas de locaux adaptés. Le chômage pouvant faire basculer des personnes dans la précarité, les Banques Alimentaires luttent contre cette forme d’exclusion en favorisant la réinsertion sociale par l’emplowi. Plus de la moitié des salarié·e·s sont en contrats aidés et six Banques Alimentaires sont agréées « chantiers d’insertion ».

Pourquoi avoir adhéré dernièrement à la Fédération des acteurs de la solidarité ?
Jacques Bailet : La Fédération Française des Banques Alimentaires que je préside représente les Banques Alimentaires. Elle développe des partenariats et met au service du réseau des outils communs, des formations. Nous croyons donc beaucoup au réseau, au partage d’expériences, des diffi cultés et des solutions. Tous les deux ans, nous faisons une enquête auprès des bénéfi ciaires sur les principales diffi cultés de leur vie. Trois difficultés se dégagent au niveau budgétaire : le logement, l’énergie, et l’alimentation. Notre action se situe sur un des maillons de la chaîne de la solidarité : la solidarité en matière de précarité alimentaire. Nous trouvons légitime d’adhérer à une Fédération qui couvre l’ensemble de la solidarité, en plus d’apprécier son approche constructive pour faire évoluer et chercher des
solutions, sans complaisance, mais pas dans la critique systématique.

Quels sont vos chantiers actuels et futurs ?
Jacques Bailet : Ils sont nombreux. D’abord, celui de développer le don de proximité grâce à la plateforme numérique Proxidon qui permet aux commerces de proximité de faire don de leurs invendus aux associations situées aux alentours. C’est aussi favoriser la solidarité entre les Banques Alimentaires pour aider les moins dotées via ClickDon, un portail de dons en ligne. Nous donnons également une deuxième vie aux denrées en transformant les produits ayant des dates limites de consommation très courtes. Ainsi, confitures, purées, soupes, plats préparés sont produits dans des ateliers de transformations au sein des Banques Alimentaires ou en partenariat avec les associations. Nous innovons également en réfléchissant à de nouvelles modalités face à la montée en puissance des e-commerces dont les modes de distribution vont changer.

Propos recueillis par
Sophia D'OLIVEIRA - ROUXEL

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F#20 - Elles l'ont fait - Le travail social, parlons-en !

averyDans un contexte où le travail social est fortement mis à mal, la Fédération des acteurs de la solidarité, en partenariat avec Sciences Po, a souhaité le valoriser au travers d’une série de quatre courtes vidéos à regarder et partager sur les réseaux sociaux.

Interview de Avery Broome, Coline Guillot, Lucile Montigaud, Margaux Rémond et Maëlle Toullic, les étudiantes avec qui nous avons mené le projet.

En quoi consistent les projets que mène Sciences Po en partenariat avec des entreprises et des associations ?
Chaque étudiant·e·s à Sciences Po a la possibilité de s’investir dans la gestion d’un projet pour un organisme partenaire durant l’ensemble de sa première année de master. Les projets proposés varient beaucoup en fonction de l’organisme -association ou entreprise- qui les porte, et pour lequel le groupe de 3 à 5 étudiant·e·s s’engage.

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir le projet proposé par la Fédération des acteurs de la solidarité sur la valorisation du travail social ?
Notre choix de s’engager dans ce projet a été infl uencé par nos expériences passées et nos divers engagements associatifs. Nous partagions toutes un intérêt commun pour le monde du social, sans toutefois en connaître ses multiples dimensions et enjeux. C’est donc la curiosité, ainsi qu’une impression de décalage entre l’enseignement académique que nous recevons à SciencesPo, et la connaissance des réalités de terrain qui nous ont amené à choisir la campagne de valorisation du travail social.

Comment avez-vous mené ce projet ?
Nous avons commencé à travailler pour la Fédération en septembre 2018. Nous ne nous connaissions pas avant le démarrage de ce projet, il a donc d’abord fallu faire connaissance et partager les motivations des unes et des autres. Ce projet demande un investissement conséquent tout au long de l’année, il était donc important pour nous de créer un espace de travail bienveillant et motivant. Il convenait ensuite de comprendre le projet en lui-même : les objectifs, les échéances et les ressources que nous avions pour le réaliser. Plusieurs rencontres avec l’équipe de la Fédération ont été organisées pour nous imprégner
de l’écosystème associatif qu’elle recouvre. La Fédération des acteurs de la solidarité nous a également mis en relation avec les Fédérations régionales, et nous a offert la possibilité d’aller à la rencontre de plusieurs intervenant·e·s sociaux·ales.
Nous avons d’emblée été confrontées à la complexité du monde du travail social, et nous avons rapidement fait le choix de circonscrire notre sujet. En effet, il nous est rapidement apparu que donner la parole aux acteurs·trices de terrain constituait la meilleure valorisation du travail social.
Ces entretiens et rencontres ont donné lieu à une série de quatre courtes vidéos à diffuser sur les réseaux sociaux de la Fédération : #1 Qu’est-ce que le travail social ? - #2 Humaniser les dispositifs#3 Concilier les politiques publiques avec ses convictions personnelles - #4 Les victoires du travail social.

Quels enseignements avez-vous pu tirer de cette expérience ?
Nous avons toutes été surprises de constater les diffi cultés liées au travail social, notamment car cette réalité tend à être complètement invisibilisée ; une invisibilisation renforcée par le fait que nombre des travailleurs sociaux n’ont que très peu de temps pour tirer le signal d’alarme, parce qu’ils font face, au quotidien, à l’urgence des conditions de vie des personnes qu’ils accompagnent. Pour terminer, ce que nous retenons surtout - le point commun des personnes interviewées - c'est l'engagement et la passion qu’elles investissent dans leur travail.

Propos recueillis par Marguerite BONNOT

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F#20 - Michelle Demessine

demessine

Grand angle
 PARTI PRIS 

Michelle Demessine
est présidente de L'UNAT depuis 2017, elle a été secrétaire d'Etat au Tourisme de 1997 à 2001.

" Pouvez-vous présenter l’Union nationale des associations de tourisme et de plein air (UNAT) et ses missions ?
Michelle Demessine : L’Union nationale des associations de tourisme et de plein air est une association créée en 1920. Tête de réseau du Tourisme social et solidaire, l’UNAT rassemble les principaux acteurs touristiques à but non lucratif engagés en faveur du départ en vacances pour le plus grand nombre. Aujourd’hui, elle compte plus de 1 500 établissements et est présente sur l’ensemble du territoire avec 12 UNAT en région. Les opérateurs membres de l’UNAT portent des valeurs comme l’accès de tous et toutes aux vacances et le droit aux vacances. Son réseau dispose d’un patrimoine (entretenu notamment grâce aux dispositifs d’aides à la pierre, qui n’existent malheureusement presque plus) sur les plus beaux sites de France, ce qui est précieux car il permet à tous et toutes d’en profi ter. L’offre est également répartie dans les zones rurales et permet de maintenir des commerces et des transports dans ces zones.

Pouvez-vous nous donner votre avis sur l’effectivité de l’article 140 de la loi d’orientation n°98-657 relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998, stipulant que l’objectif national de :
« L’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs [….] passe également par le développement des structures touristiques à caractère social et familial, par l’organisation du départ en vacances des personnes en situation d’exclusion et par leur accès aux pratiques artistique et sportive et à l’offre culturelle locale.»
À qui incombe la réussite de cet objectif national ?
Michelle Demessine : Ce texte date de 1998, une période pendant laquelle j’avais la responsabilité du Ministère du Tourisme. J’en ai donc la « maternité » et ma volonté première était d’y intégrer le « droit aux vacances ». À ce moment, un service particulier a été créé au sein de ce ministère pour s’occuper du droit aux vacances, et lors de la discussion de la Loi de Martine Aubry sur la lutte contre les exclusions, j’ai défendu l’idée que c’était un droit aussi important que les autres. Il fallait donc que cela puisse fi gurer dans les droits fondamentaux. Le plus dur maintenant est de rendre ce droit effectif ! Même si rien n’a été effacé dans les mesures créées, les gouvernements qui se sont ensuite succédés n’ont plus beaucoup travaillé sur cette question.
Ce texte sert à acter que le droit aux vacances est un droit fondamental au même titre que les autres et donc, tou·te·s ceux·lles qui s’appuient sur ces droits fondamentaux peuvent faire en sorte de réclamer des moyens pour l’exercice de ce droit. Cela sert aussi aux acteurs sociaux, pour qu’ils l’inscrivent dans leurs
actions, car il existe encore aujourd’hui des débats sur la nécessité des vacances quand les autres droits ne sont pas respectés. Le meilleur moyen d’action pour les associations c’est de développer les moyens fi nanciers autour de ça.
Les salarié.e.s ont par exemple à leur disposition des comités d’entreprise (même si ce n’est pas le cas partout). Il y a aussi les caisses d’allocations familiales et les collectivités qui proposent des départs en vacances mais qui doivent pour cela dégager des budgets spécifiques. Les personnes qui sont en très grande difficulté sont le plus souvent suivies par les réseaux de travailleurs sociaux et peuvent accéder à ce droit via les CAFCAFCaisse d’Allocations familiales sur critères de ressources. Mais cela catégorise beaucoup et ne permet pas de couvrir tout le monde. Aujourd’hui il y a une souffrance des personnes qui ne peuvent plus partir.

Comment pourrait-on mieux travailler entre associations, travailleurs sociaux et acteurs touristiques à but non lucratif ?
Michelle Demessine : Une des missions de l’UNAT est de mettre en relation les associations et les acteurs du Tourisme solidaire et il y a aussi un certain nombre d’acteurs qui ont leurs propres actions bilatérales. Et cela parce que les associations ont développé des secteurs vacances dans leurs activités et aussi car la préparation et l’accompagnement aux départs en vacances est un travail assez long à préparer avec les personnes concernées. Mon conseil serait donc de continuer à développer des secteurs vacances au sein des structures associatives et d’aller rencontrer celles qui l’ont déjà fait. ●

Propos recueillis par
Audrey-Jane BALDI

+ POUR PLUSPLUSPrêt locatif à usage social D’INFORMATIONS :
www.unat.asso.fr/

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Grand angle / PARTI PRIS - Olivier Noblecourt

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© Ministères sociaux/Dicom/Philippe Lelluch/L&Sphoto-Associés  

Olivier noblecourt

DÉLÉGUÉ INTERMINISTÉRIEL À LA PRÉVENTION ET À LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ
DES ENFANTS ET DES JEUNES DEPUIS LE 15 NOVEMBRE 2017

Vous êtes aujourd’hui rattaché à Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé.
Quelle est votre mission ?

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