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Précarité et prostituition - Résultats de l'étude prosanté

prosanteIl n’existait pas d’étude en France sur l’état de santé global des personnes en situation de prostitution portant sur plusieurs villes réparties sur l’ensemble du territoire. C’est pourquoi la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale et l’Institut de veille sanitaire (InVs) ont mené, en partenariat avec la direction générale de la santé (DGS), une étude en deux volets sur l’état de santé, l’accès aux soins et l’accès aux droits des personnes en situation de prostitution rencontrées dans des structures sociales et médicales.

Après 10 mois de recueil de données, les résultats de cette première étude nationale globale sont publiés. L’objectif de cette recherche-action était de mieux connaître les déterminants de santé et leur impact sur la santé afin de contribuer à l’amélioration de la prise en charge, de la prévention et de l’accès aux soins des personnes en situation de prostitution.

Une enquête en deux volets

12 associations du secteur social ont proposé à des personnes majeures en situation de prostitution de remplir un questionnaire sur leur état de santé, leur accès aux soins et leur accès aux droits. Ce premier volet de l’étude, santésocial (intégrant des questions sur les déterminants de santé) a été conduit par la FNARSFNARSFédération nationale des Associations d’Accueil et de Réinsertion sociale. Ces questionnaires ont été administrés en face à face par un travailleur social. A Précarité et prostitution Résultats de l’étude ProSant é 02 i éditorial l’issue du questionnaire sur les données socio-démographiques et l’état de santé perçu par la personne, il était proposé de participer à un second volet portant sur la santé objectivée. Ce volet conduit par l’InVS avait lieu lors d’un rendez-vous avec un médecin dans une structure de santé anonyme et gratuite.

Profils des répondants

251 personnes ont participé à cette étude sur le volet santé-social dont 166 femmes, 62 transgenres et 23 hommes. Les personnes ayant participé sont globalement plutôt jeunes, de sexe féminin, nées à l’étranger et dans une situation administrative précaire. 78 personnes dont une majorité de femmes ont participé au second volet médical. Plus des trois quarts des personnes interrogées sont de nationalité étrangère dont une majorité de femmes nigérianes mais également des personnes transgenres sud-américaines et des hommes majoritairement français. Pour 88 % des personnes incluses dans l’étude, la rue est le principal lieu de contact avec les clients. Les personnes ayant une activité de prostitution « indoor » (internet, téléphone, bar, appartement, salon de massage) n’y sont ainsi quasiment pas représentées. Cette étude ne prétend pas être représentative de l’ensemble des personnes en situation de prostitution en France du fait de sa méthodologie, des structures sociales impliquées, pour la plupart spécialisées dans l’accueil et l’accompagnement de populations en situation de prostitution, et du nombre de répondants. Elle permet néanmoins de fournir un éclairage sur la prostitution et de dégager plusieurs profils.

Précarité, état de santé et conduite à risques

L’isolement relationnel et la précarité des conditions de logement caractérisent en eff et les personnes rencontrées dans l’étude : 39% vivent dans un logement précaire (hôtel, centre d’accueil….). La moitié des personnes de nationalité étrangère n’a pas de titre de séjour ou a un titre précaire ; si les trois quarts des personnes étrangères ont une couverture maladie, plus de la moitié n’a pas de complémentaire santé. Plus de la moitié des participants à l’étude déclarent être dans un état de santé moyen, mauvais ou très mauvais, proportion bien supérieure à celle déclarée par la population générale. Plus du tiers déclare une maladie chronique (70 % des personnes transgenres), parmi lesquelles le VIH/sida, une maladie respiratoire, un diabète ou une hépatite (A, B ou C). L’état de santé observé par les médecins se révèle cependant bon. Une divergence sans doute due à l’état psychique des personnes mal évalué par les médecins. Une majorité de participants déclare en eff et des problèmes de sommeil et la consommation de somnifères. Les personnes se révèlent fragiles sur le plan psychique (sentiment d’anxiété, pensées suicidaires) et très exposées aux violences physiques ou psychologiques. En termes de conduites à risques, si l’usage du préservatif masculin est déclaré quasi-systématique lors des pénétrations anales/vaginales tarifées, il l’est moins lors de fellations ou de rapports hors prostitution. Les personnes sont peu vaccinées contre l’hépatite B, alors qu’il s’agit d’un virus transmissible par voie sexuelle. A noter également que les femmes chinoises recourent très peu au dépistage VIH et VHC. Par ailleurs, les consommations d’alcool et de tabac sont plus importantes qu’en population générale. Chez les femmes, on note une grande vulnérabilité sur le plan gynéco-obstétrical : faible prévention vis-à-vis du cancer du col de l’utérus (34 % n’ont jamais réalisé de frottis), faible utilisation d’une contraception orale et fort recours aux IVG. Quasiment la moitié des personnes transgenres se déclare séropositives au VIH. Si 74 % des personnes possédaient une couverture maladie, plus de la moitié n’avait pas de complémentaire santé. Les raisons financières, la barrière linguistique et la méconnaissance des lieux de soins figurent parmi les principales raisons de non recours aux soins.

S’appuyer sur ces connaissances pour agir

Cette étude, qui révèle un état de santé souvent considéré comme dégradé par les personnes en situation de prostitution elles-mêmes, un manque d’accès aux soins et aux droits de santé et des lacunes en matière de connaissance des dispositifs, permet de formuler des recommandations afin de favoriser la prévention, l’accès aux soins et aux droits. Ces recommandations visent à la fois les professionnels susceptibles d’être en contact avec ces personnes et les pouvoirs publics. Elles encouragent également la mise en place de partenariats territoriaux entre associations, acteurs du social et du sanitaire, institutions et collectivités pour améliorer l’accueil et l’accompagnement des personnes en situation de prostitution.

Elsa Hajman

+ Pour aller plus loin : résultats de l’étude ProSanté sur www.fnars.org

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