Initiatives - Cultiver la solidarité

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Isolement social, perte de confiance, état d’angoisse, lors de leur arrivée dans un CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale, nombreux sont ceux qui, en plus des difficultés économiques, cumulent les souffrances morales. Pour les épauler, les centres proposent de plus en plus fréquemment des activités socio-culturelles et éducatives. Comme à Belfort où la Fondation de l’Armée du Salut a mis en place depuis peu une action de jardins partagés grâce au soutien financier de la Fondation JM.Bruneau.

Couture, soutien à la parentalité, initiation à l’informatique, jeux de société, conception d’un journal interne, les activités de socialisation proposées aux résidents du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale de Belfort sont aussi nombreuses qu’éclectiques ; des ateliers, souvent basés sur la créativité, auxquels vient de se greffer début 2013 le projet des jardins partagés. « La plupart de nos résidents sont bénéficiaires de colis alimentaires distribués gratuitement par les associations caritatives, mais ils ne savent pas toujours comment utiliser leur contenu à bon escient » explique Catherine Henry, initiatrice du projet et éducatrice spécialisée à la Fondation de l’Armée du Salut gestionnaire du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale. « Nous essayons d’aider les résidents à constituer des menus équilibrés et variés, ce qui nous permet aussi de lutter contre le gaspillage alimentaire. Toutefois ces colis étant nécessairement dépourvus de produits frais, tels que les fruits et les légumes, nous avons eu l’idée de créer des jardins partagés qui puissent compléter cette “sensibilisation” à l’alimentation et à la nutrition » poursuit-elle. Mais, derrière cette idée simple, c’est un concept porteur de nombreuses ambitions plus déguisées qui a été lancé : valorisation et responsabilisation des personnes accueillies qui ont souvent connu des échecs successifs avant leur arrivée dans la structure, instauration de moments de convivialité et de détente permettant de dépasser les difficultés quotidiennes qu’elles soient économiques, sociales ou familiales, développement de la confiance en soi et des relations entre les résidents pour les sortir de leur isolement via un réapprentissage du savoir-vivre ensemble. Sébastien, qui réside dans un appartement social depuis près d’un an et participe activement aux jardins partagés, en témoigne : « Quand on arrive ici, cette activité autour du jardinage nous permet de nouer des liens, et puis comme on n’a plus de travail, ça nous donne un but pour se lever le matin. »

La mobilisation des résidents : un travail sur le long-terme

Avant d’entreprendre ce projet, Catherine Henry a d’abord contacté les Jardins Ouvriers de la ville de Belfort afin d’obtenir des conseils mais aussi un terrain cultivable. C’est chose réussie avec la mise en place d’un partenariat et l’acquisition d’une surface d’environ 800 m², soit deux terrains de basket-ball, située à seulement deux kilomètres du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale et facilement accessible pour les résidents en transport en commun. L’éducatrice spécialisée a ensuite consulté les personnes accueillies pour estimer la force de rassemblement d’un tel projet et recenser les familles susceptibles d’être intéressées en leur demandant simplement : « Si on avait un terrain à cultiver, qu’est-ce qu’on en ferait ? » Les idées n’ont pas manqué, l’enthousiasme non plus. Depuis le début de l’année, entre cinq et six personnes participent au projet de manière fixe, d’autres familles viennent plus ponctuellement, souvent avec des enfants. Une fluctuation inhérente à la structure où s’alternent arrivées et départs des résidents. Le projet ambitionne d’accueillir à terme une quinzaine de personnes, ce qui demande une remobilisation incessante au sein du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale.

Pérenniser l’action au fil des saisons

Après deux premières phases de labourage puis de bêchage, immanquablement nécessaires alors que le terrain n’avait pas été cultivé depuis une dizaine d’années, les apprentis jardiniers ont commencé les semis au mois de juin, une plantation très en retard par rapport au calendrier initialement prévu mais soumise aux conditions climatiques peu favorables du printemps. Des légumes (radis, concombres, salades vertes, carottes, tomates, pommes de terre) aux fruits (fraises, framboises, physalis, mirabelles) en passant par les aromates et les fleurs, le travail ne risque pas de manquer pendant les mois à venir pour entretenir au mieux ces abondants jardins partagés. Toujours dans l’optique de favoriser les échanges et de permettre à tous de s’exprimer, c’est ensemble que les décisions de répartition de tâches se prennent, en fonction évidemment des appétences et des compétences de chacun. Très prochainement, un barbecue et un salon de jardin viendront achever d’agrémenter le terrain afin d’en faire un endroit encore plus convivial. Pour Corinne Deparis, maitresse de maison du CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale qui accompagne les résidents dans l’activité, l’un des objectifs est aussi de « permettre aux personnes, une fois un logement autonome retrouvé, de recréer leur propre jardin, de pouvoir éventuellement cultiver soi-même un potager ». Ce projet est aujourd’hui soutenu à hauteur de 5 000 euros par le Fonds d’initiatives locales contre l’exclusion financé par la Fondation JM.Bruneau, ce qui a notamment permis l’achat de matériel. Pour les grains et les plantes, le CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale compte sur la générosité de deux fleuristes de la ville qui lui accordent une remise de 10 %.

Si les jardins partagés sont tout juste dans leur première année, les deux coordinatrices du projet envisagent dès maintenant de leur donner plus d’envergure, notamment en développant des partenariats avec d’autres associations de jardinage, comme c’est déjà le cas avec l’association des Croqueurs de pommes qui leur prodigue de précieux conseils, ou encore avec le lycée agricole de Valdoie. De même, alors que les jardins partagés ne sont normalement destinés qu’aux personnes accueillies au CHRSCHRSCentre d’hébergement et de réinsertion sociale, elles souhaitent proposer la signature d’une convention de bénévolat qui permettrait aux personnes ayant quitté la structure de revenir dans les jardins partagés même après leur départ.

Laure Antoine

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