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F#20 - Edito - L'accès à la culture, aux loisirs et à la science au coeur du projet d'accompagnement de la Fédération

Edito par Florent Gueguen, Directeur général de la Fédération des acteurs de la solidarité

" Alors que le taux de pauvreté a augmenté dans le pays en 20181 et que les inégalités ne cessent de se creuser, la Fédération entend réinvestir la question de l’accès à la culture et aux loisirs comme facteur d’émancipation et de lutte contre les inégalités « de destins » auxquels sont confrontées les personnes et familles qui sont accompagnées par les associations du réseau.

Cette orientation était déjà posée dans le projet fédéral adopté au congrès de janvier 2017 où nous rappelions la nécessité d’intégrer dans l’accompagnement social global l’accès à la culture, aux loisirs et à la science. Cette action ne va pas de soi : les acteurs de l’hébergement sont déjà débordés par les demandes d’accueil et d’accompagnement et se retrouvent souvent démunis face à la pauvreté liéé à la crise du logement ou des politiques d’asile. L’accueil d’urgence prévaut trop souvent au détriment de l’insertion et des parcours de retour à l’autonomie. Les moyens manquent dans les territoires pour sortir les personnes des situations de survie auxquelles elles font face au quotidien pour leur proposer des activités de loisirs, de sport, des lieux de production culturelle ou encore des activités d’éveil pour les plus jeunes.

Pourtant, nous ne pouvons accepter qu’une partie de la population la plus pauvre soient privée de ces biens communs qui préparent à la citoyenneté, à l’autonomie et parfois à l’intégration.

Fort de cette conviction, et en s’appuyant sur l’expertise de nos adhérents, nous avons conçu avec les associations Les Petits débrouillards et Cultures du Coeur un projet commun intitulé « Respirations » visant à soutenir les projets associatifs qui intègrent la culture dans l’accompagnement des personnes. Aide aux départs en vacances (grâce à un partenariat avec l’ANCV), création de tiers lieux accessibles aux familles en difficulté, formation des intervenant·e·s sociaux·ales à la médiation culturelle, intervention auprès des familles à l’hôtel, etc. tels sont les objectifs concrets de ce programme qui va démarrer dans 5 régions avec le soutien financier de l’Etat via la Stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté.

Ce projet est aussi l’occasion de croiser les cultures professionnelles et associatives dans les territoires, notamment les savoirs faire du travail social dans l’hébergement et l’Insertion par l’activité économique, avec les techniques de l’éducation populaire et les pratiques artistiques et scientifiques. La mobilisation de tou·te·s sera nécessaire, au national comme en régions pour faire vivre l’ambition d’un accès inconditionnel aux droits fondamentaux qui constitue l’ADN de notre réseau.

1 Source INSEEINSEEInstitut national de la statistique et des études économiques 2018

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F#20 - VRAI/FAUX culture et loisirs

 VRAI/FAUX 
CULTURE & LOISIRS

LES LOISIRS NE SONT PAS
DE LA CULTURE

FAUX

On oppose parfois culture et loisirs, mais c’est confondre l’art et la culture. On désigne en effet souvent par « culture » les créations artistiques telles que les oeuvres dans les musées, les pièces de théâtre, l’opéra, la danse, la sculpture, alors que la culture désigne un ensemble beaucoup plus large de pratiques par lesquelles les êtres humains construisent leur rapport au monde qui les entoure et le transforment. Aller au cinéma, créer un menu gastronomique, lire une BD, faire des expériences scientifi ques ou jouer aux jeux de société sont aussi des pratiques culturelles. Notre rapport à la culture se construit tout au long de notre vie en fonction de notre environnement familial, de notre cadre de vie, de nos rencontres. Ce qui est important c’est de ne pas hiérarchiser les pratiques tout en leur permettant de s’élargir et d’évoluer au fil du temps.

L’ ACCÈS AUX LOISIRS DANS LE
TEMPS PÉRISCOLAIRE EST LE
MÊME POUR TOUS LES ENFANTS

FAUX

Le 7ème principe de la déclaration des droits de l’enfant est « Le droit à l’éducation gratuite et aux activités récréatives ». Dans les faits, la vie en centre d’hébergement ou à l’hôtel en rend l’exercice très diffi cile. Il y a d’abord des freins fi nanciers : l’accès aux activités périscolaires et aux loisirs a un coût auquel ne peuvent subvenir de nombreuses familles malgré les aides qui existent. Les structures d’hébergement hôtelier étant souvent situées en marge des villes, il est également très compliqué pour les enfants et les adolescents d’avoir accès à des activités sportives, artistiques ou de loisirs en dehors de l’école, difficulté qui se cumule avec la grande instabilité résidentielle qu’elles subissent.

IL EXISTE UN DROIT AUX
VACANCES. ET C’EST UN DROIT
POUR TOU.TE.S

VRAI

L’article 140 de la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions de 1998 en pose les principes et indique que « l’accès de tous (…) aux vacances (…) permet de garantir l’exercice effectif de la citoyenneté », évacuant la question du mérite, trop souvent liée à cette question. Cependant, le vote de cette loi-cadre n’a pas été suivi de décrets d’application et donc de moyens dédiés, ce qui rend son application concrète très relative. Des aides existent mais elles sont insuffisantes, d’autant plus que les freins dans l’accès aux vacances ne sont pas seulement financiers. L’un des enjeux réside donc dans le déploiement de financements dédiés à l’accompagnement au départ, et l’amélioration de l’accès aux aides de droit commun des personnes les plus éloignées des vacances.

LES VACANCES NE SONT
PAS UNE PRIORITÉ DANS
L’ ACCOMPAGNEMENT DES
PERSONNES

FAUX

Préparer ses vacances puis partir, c’est créer des espaces de rêverie et de responsabilité qui permettent de sortir de l’urgence et de se projeter vers un ailleurs, l’esprit plus léger. Par ailleurs, l’accompagnement global incluant les besoins et envies de coupure, voire de vacances, engage les individus concernés et les intervenant.e.s sociaux.ales dans d’autres types de relations. Entre confiance et estime de soi valorisées, et parole davantage libérée, les personnes concernées reviennent de vacances redynamisées pour exprimer puis concrétiser des projets mis de côté jusqu’alors, voire pour en réaliser de nouveaux.

 

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F#20 - Décryptage loisirs et vacances

Grand angle
 DECRYPTAGE 

Les loisirs et les vacances se définissent avant tout comme un temps pour soi, hors des temps contraints et prescrits comme l’emploi, les activités domestiques, les démarches administratives, les soins de santé, etc.

La journée hebdomadaire de repos votée en 1906 puis la généralisation des congés payés en 1936 ont largement contribué à l’acculturation progressive de la population aux loisirs, puis aux vacances. En 1998, la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions fixe comme objectif national « l’égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs » et insiste sur l’enjeu de citoyenneté que revêtent ces temps. Ils offrent en effet l’occasion de découvrir la complexité du monde qui nous entoure et donc mieux le maîtriser, de rencontrer de nouvelles personnes et donc appréhender d’autres manières de penser, de se retrouver entre proches et donc de reconstruire ou de consolider des liens, de reposer son esprit et son corps et donc repartir du bon pied. Tous ces bienfaits contribuent évidemment à l’émancipation de chacun.e et au vivre ensemble.

Le premier déterminant de la difficulté d’accéder à ces temps reste le niveau de revenus. Comment s’autoriser à y penser lorsqu’on n’en a pas ou peu ? En France, chaque année, une personne sur Jeudi 29 août, Les Petits Débrouillards Île-de-France ont réalisé une sortie estivale avec les enfants du Centre d’Hébergement d’Urgence (CHUCHUCentre hospitalier universitaire) Parmentier géré par l’association AMLI/Batigère, situé dans le 11ème arrondissement de Paris. Sur les 193 places pour des familles et des femmes isolées en situation de grande précarité que compte ce CHUCHUCentre hospitalier universitaire, une quinzaine d’enfants accompagnés de trois mamans ont pu participer à l’événement. Au programme : profiter du Jardin des Plantes, haut lieu de culture scientifique, de préservation de la biodiversité et de promenade, avec une animation sur la classifi cation des espèces par Les Petits Débrouillards, et la rencontre de Christine Rollard, chercheuse au Muséum National d’Histoire Naturelle, spécialiste des araignées. trois ne part pas en vacances, souvent pour des raisons financières, mais pas uniquement. L’acculturation joue aussi un rôle prépondérant. Acquise collectivement génération après génération, et initiée individuellement dès l’enfance, elle permet de naviguer avec aisance dans la nébuleuse complexe des loisirs, des vacances et des aides. Elle détermine aussi, de manière générale, la capacité à aller vers l’inconnu et à ne pas être bloqué.e par l’appréhension de ne pas avoir les codes pour s’y intégrer. Mais d’autres freins expliquent le non-départ, comme l’âge, le lieu de vie, la mobilité réduite, l’état de santé, etc.

Les pouvoirs publics déploient des programmes variés et des aides conséquentes, mais elles sont loin de couvrir l’ensemble des besoins. Ainsi, l’Agence Nationale pour les Chèques-Vacances, avec son modèle social (via les entreprises et collectivités avec les chèques-vacances) et solidaire (via notamment les Aides aux Projets Vacances confiées à des têtes de réseau associatives comme la Fédération des acteurs de la solidarité depuis 2019) concourt à réduire la fracture touristique. Les Caisses d’Allocations Familiales via le programme VACAF, les Mutualités Sociales Agricoles, des Conseils Départementaux, des villes ou des associations s’y emploient aussi et y intègrent la question de la culture, mais de manière inégale sur le territoire et en fonction du profi l des personnes concernées.

Face à ce défi de l’accès de toutes et tous à la culture, aux loisirs et aux vacances, la Fédération des acteurs de la solidarité s’applique depuis de nombreuses années à faire la promotion de la culture au sens large comme vectrice de transformations individuelles, collectives, sociales et sociétales par la sensibilisation des
établissements culturels ou sociaux, et des décideurs politiques. D’autre part, elle a pour objectif, avec la création d’une mission « vacances » depuis 2019 en partenariat avec l’ANCV, de faciliter le départ en vacances des personnes accompagnées par ses adhérents par le biais d’un accompagnement financier et méthodologique. Elle a également pour ambition d’impulser et de renforcer les réfl exions et les actions en faveur de l’accès aux vacances des personnes en situation d’exclusion.

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F#20 - Les enfants à la découverte de la biodiversité

Grand angle
 SUR LE TERRAIN 

enfants1

Jeudi 29 août, Les Petits Débrouillards Île-de-France ont réalisé une sortie estivale avec les enfants du Centre d’Hébergement d’Urgence (CHUCHUCentre hospitalier universitaire) Parmentier géré par l’association AMLI/Batigère, situé dans le 11ème arrondissement de Paris. Sur les 193 places pour des familles et des femmes isolées en situation de grande précarité que compte ce CHUCHUCentre hospitalier universitaire, une quinzaine d’enfants accompagnés de trois mamans ont pu participer à l’événement. Au programme : profiter du Jardin des Plantes, haut lieu de culture scientifique, de préservation de la biodiversité et de promenade, avec une animation sur la classification des espèces par Les Petits Débrouillards, et la rencontre de Christine Rollard, chercheuse au Muséum National d’Histoire Naturelle, spécialiste des araignées.

CO-CONSTRUCTION ET PARTICIPATION

Cette sortie se place dans le cadre plus large du projet « Respirations », un programme d’innovation sociale d’accès à la culture à destination des familles, jeunes et enfants sans domicile et mené conjointement par trois associations : la Fédération des acteurs de la solidarité, Cultures du coeur et Les Petits Débrouillards. Depuis plus d’un an et dans le cadre d’une convention au sein du CHUCHUCentre hospitalier universitaire Parmentier géré par Batigère (voir article page 15), l’équipe parisienne des Petits Débrouillards mène des animations hebdomadaires de découverte des sciences in situ, ponctuées de sorties et de temps de valorisation à destination des familles. Ces actions de médiation s’effectuent en collaboration étroite avec l’équipe de travailleurs.euses sociaux.ales de l’association AMLI, qui oeuvre au quotidien pour répondre au mieux aux besoins des hébergé.e.s. En présentant la culture comme vecteur d’émancipation et d’autonomie, le projet « Respirations » encourage ainsi le rapprochement du champ social et du champ culturel, favorise l’émergence de projets co-construits et le partage d’expérience entre deux milieux, à la fois proches et distincts, avec le même objectif de répondre à des besoins réels d’accompagnement de publics fragilisés.

Durant les ateliers hebdomadaires, les parents ne sont pas forcément présents, ce qui leur permet d’avoir des « moments off » ou de dégager du temps pour s’occuper de démarches administratives. D’autres temps, tels que les sorties, regroupent les parents et les enfants pour justement leur permettre de se retrouver autour de temps conviviaux, qui sortent de la vie quotidienne.
Une heure avant le départ, la sortie a du succès, il y a plus de participants que prévu ! L’âge des enfants va de 5 à 11 ans, et exceptionnellement 3 ans avec Moustapha et Chrysmaelle qui, avec une forte volonté, désiraient suivre le groupe. Après le moment des consignes, le groupe se dirige vers le métro : les enfants jouent, rient, comptent les stations.

DECOUVERTE DE LA BIODIVERSITE : DES SOUVENIRS ET DES ACQUIS POUR DEMAIN

Une fois tous arrivés, un arbre de parenté du vivant simplifi é est installé sur l’une des pelouses du Jardin des Plantes. L’objectif pour les enfants est de naviguer dans la ramure et suivre les bonnes branches pour retrouver la famille de l’animal qu’ils auront en image dans la main. En attendant cette installation, les enfants débattent ensemble avec Thuan, animateur Petits Débrouillards, sur cette fameuse question du vivant : « Qui est vivant et qui ne l’est pas ? », et celle-ci est bien plus complexe qu’on ne le pense !

Pendant que les enfants sont absorbés par les jeux éducatifs, les mères observent et discutent entre elles, se confient : « Nous aussi, on se relaxe. » En voyant sa fi lle participer à l’atelier, une maman nous fait la remarque : « Ma fi lle à un retard de langage et d’autres problèmes. Elle s’amuse avec les autres. Elle est heureuse. Je suis heureuse.» Elles ne participent pas directement aux jeux, mais elles observent, notent des points positifs et testent l’ « aspirateur à insectes » (qui par ailleurs peut aspirer n’importe quel arthropode terrestre) que les enfants ont fabriqué lors d’un atelier précédent. Les pelouses regorgent de petites bêtes diverses et variées à contempler et étudier.

Après une telle activité, une pause goûter est appréciée, et c’est à ce moment-là que Christine Rollard se joint au groupe. L’arachnologue* nous fait une petite  introduction sur ses bêtes de prédilection, les araignées. Elle explique et encourage les enfants à observer ces petits animaux qui les entourent tout en prenant la direction de son laboratoire. Sur le chemin, le groupe recherche des toiles d’araignées. Les enfants s’extasient, s’interrogent, sont effrayés ou passionnés par ce qu’ils voient. Tous ensemble, ils recherchent et observent les araignées avec du matériel scientifique.

Selon Thuan, cette après-midi permet l’acquisition de connaissances, la découverte de notions et la réfl exion sur des sujets inhabituels qui agiront sur la confiance en soi, la capacité à créer du lien avec les autres et à s’exprimer. Ces moments consolident également les liens familiaux à travers de bons moments partagés qui sortent de l’ordinaire.
À la fi n de la journée, il est évident que ce moment était une vraie respiration dans un quotidien parfois diffi cile et que plus largement, ce type d’initiatives a des impacts sociaux bénéfi ques qui se répercutent bien au-delà d’une seule journée.

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