Projet #UnAbriPourToutes : audit sur la situation des femmes dans les centres d’hébergement mixtes

Le projet #UnAbriPourToutes vise à étudier et améliorer la situation des femmes dans les centres d’hébergement d’urgence mixtes : leur cadre de vie, la sécurisation de leurs conditions d’accueil et l’accompagnement proposé notamment dans les situations de violences de genre. La Fédération des acteurs de la solidarité est l’un des partenaires du projet.

La première phase du projet a consisté en un diagnostic de terrain auprès de plusieurs structures d’hébergement franciliennes, et donné lieu à un audit. La deuxième phase du projet porte sur la formation des salarié.e.s de ces structures d’hébergement, et la troisième sur la transformation des espaces de ces structures d’hébergement pour qu’ils soient inclusifs et sécurisants pour les femmes hébergées.

L’audit issu de la première phase du projet permet de mieux comprendre la situation des femmes hébergées, notamment leur expérience des violences de genre et leur appropriation des espaces des structures d’hébergement.

Cet audit permet tout d’abord de montrer le degré très élevé d’exposition aux violences des femmes hébergées. Parmi les femmes interviewées dans le cadre de ce diagnostic, 94% déclarent avoir subi des violences lors de leur parcours, pour certaines elles en subissaient encore à ce moment-là. En revanche, la question des violences ne leur a quasiment jamais été posée au moment de leur entretien à l’entrée dans la structure, ce qui n’a pas permis de mettre en place des actions ou un accompagnement sur cette question.

L’occupation des espaces des structures d’hébergement par les femmes est assez conforme à ce que l’on observe en règle générale. Elles investissent peu les espaces collectifs, par peur de violences, à l’exception de ceux qui leur sont parfois réservés ou du réfectoire à certains moments de la journée. Leur chambre est perçue comme un espace privilégié, mais elles souhaiteraient bénéficier de davantage d’espaces collectifs qui leur soient réservées. La nuit elles se sentent en insécurité notamment dans l’accès aux sanitaires, qui nécessitent parfois de traverser l’étage réservé aux hommes. Le sentiment d’insécurité est particulièrement fort la nuit. Il faut aussi noter que les femmes interrogées sont favorables à 60% à la vie en mixité, mais à certaines conditions : que le ratio femmes/hommes soit favorable aux femmes, que la structure soit de taille « humaine ». Enfin, elles jugent très majoritairement utile que des espaces leur soient réservés (et que cette non-mixité soit respectée) et que la structure d’hébergement mette en place des actions sur les violences, de sensibilisation et de prévention notamment.

La seconde partie du rapport revient sur les entretiens avec les professionnel.les des structures parties prenantes. Les entretiens ne se sont pas limités aux intervenant.es sociaux.ales et ont aussi été conduits avec les encadrant.es ainsi que les agent.es d’accueil.

Les structures n’ont pas de protocole spécifique mis en place pour l’accueil des femmes, qui pourrait permettre une détection plus systématique des situations de violence. Les professionnel.les témoignent également du fait qu’au moment de l’orientation ils ou elles ne disposent généralement pas d’informations sur d’éventuelles violences qui auraient été subies. Ils font état de détection de violences au cours de l’accompagnement souvent lorsqu’ils / elles sont témoins de faits de violences ou suite à une accumulation de comportements les alertant. Globalement les entretiens démontrent que l’intervention sur la question des violences se fait au cas par cas, sans protocole précisément établi et bien connu. C’est à la fois du à un manque de formation et de sensibilisation à cette problématique, mais aussi aux difficultés actuelles du travail social : au vu du grand nombre de personnes suivies par chaque intervenant.e et de la multiplicité des problématiques à gérer, la question des violences est sous-traitée. On note également l’absence d’actions de prévention (affichage, réunions) ou de formations spécifiques des professionnel.les. En revanche, confrontés à des problématiques de violences, les professionnel.les font souvent appel à des partenaires (3919, association spécialisée du quartier, police, psychologie, etc.)

Parmi les freins à aborder la question des violences avec les femmes accompagnées, intervenant.es sociaux.ales évoquent que c’est un sujet difficile à aborder, parce qu’il est assimilé à l’intime et à la vie privée, parce que leur charge de travail ne les rend pas disponible pour gérer une problématique aussi complexe, par peur de mal faire, par manque d’outils et par peur de ne pas savoir comment répondre à la problématique, par la difficulté à aborder cette question lorsque l’accompagnement se fait en couple, ou encore parce que ce sujet a des résonnances personnelles.

Parmi les conclusions et recommandations du rapport, on peut noter :

  • La nécessité d’instaurer le questionnement systématique des femmes sur les violences qu’elles ont pu subir, seul à même de permettre leur révélation et l’évaluation du danger éventuel
  • La nécessité de formation/de sensibilisation des professionnel.les pour leur permettre d’être en capacité de faire ce questionnement et de répondre aux situations
  • La nécessité d’identifier un réseau de partenaires privilégiés pour permettre aux femmes victimes de violences de bénéficier d’un accompagnement adapté en dehors de la structure, et potentiellement d’être orientée vers une structure spécialisée
  • La mise en place d’actions collectives de sensibilisation sur la question des violences
  • L’aménagement d’espaces de non-mixité
  • La régulation des espaces mixtes par la présence de professionnel.les
  • La mention des violences de genre dans les règlements intérieurs
  • La sécurisation des accès extérieurs des centres
Cliquez ici pour lire le rapport dans son intégralité

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